Bétaré-Oya : A la découverte de la mine d’or « Chaloupe »

Outre l’exploitation minière artisanale, les habitants de ce site de fortune multiplient des petits commerces pour subvenir aux besoins des artisans.

Au bout d’une piste serpentée, parsemée d’une cinquantaine de puits d’or abandonnés, et transformés en lac, se trouve un camp de fortune. A l’entrée de ce site qui est né, il y a six mois avec l’exploitation artisanal d’un gisement minier, hommes, femmes et enfants, tout âge confondu, sont plongés dans leur unique activité quotidienne, la quête de l’or. Ici, on fouille, on creuse, on lave et écrase, pour trouver le précieux sésame.

Dans cette ambiance, Ali, un enfant d’à peine 6 ans et son frère, qui avoisine 4 ans, passent au peigne fin un tas de sable extrait d’un puit, ce mercredi 24 mars 2021. Il se sert à cet effet, d’une passoire pour filtrer les grains. Ils espèrent trouver les dernières paillettes, qu’ils transformeront pour revendre aux collecteurs d’or installés à chaque coin de ce chantier minier, baptisé « Chaloupe », parce que pour y accéder, il faut traverser par pirogue, le fleuve Lom. L’un des multiples chantiers qu’abrite le village Longa Mali, à 3 km du centre-ville de Bétaré-Oya dans le département du Lom et Djerem, région de l’Est Cameroun.

Le chantier grouille de monde. L’exploitation du site a entrainé l’immigration de près de 1000 habitants en quête des précieux métaux. Les Chinois, les burkinabés et les Camerounais se côtoient dans cette mine, et se distinguent au niveau de leur habitation, ainsi que des techniques de récolte. Plus d’une centaine de logements sont installés de part et d’autre. Les tentes sophistiquées des orpailleurs chinois, bénéficient d’une surveillance régulière des militaires camerounais.

Commerce

Elles se distinguent d’ailleurs facilement des autres abris de fortune. Construits en pailles et recouvertes de plastiques et parfois de papiers, ils permettent à leur occupant de se mettre à l’abri des intempéries. Pour rendre le site plus attrayant et plus commode, certains ont créé des petits commerces. Le cas de Seni, un quadragénaire collecteur d’or, propriétaire d’une boutique, très peu garnie. Il vend principalement des produits de première nécessité, à savoir du lait, du sucre, de l’eau, du savon, du crédit de communication, etc. « C’est avec cet argent que j’achète mon or auprès des artisans, que je revends à mon tour pour avoir plus d’argent », souligne Seni.

En plus des produits alimentaires, on y retrouve également des boutiques de vêtements, des produits corporels et capillaires…

Les prix pratiqués sont un plus élevés que ceux de la ville. « Ici, il faut ajouter au moins 50 F Cfa à chaque transfert de crédit de communication. En bref, aucun produit n’a le même prix qu’en ville. Il faut comprendre que la distance est longue, donc c’est normal que les produits coûtent plus chères », justifie Kevin Kamhoua, habitant du campement.

Dans ce campement, comme dans le village en général, les habitants vivent au jour le jour. La trouvaille d’or n’est garantie au quotidien. « On travaille chaque jour, mais ce n’est pour autant qu’on trouve des paillettes. Tu peux devenir riche en un jour, comme tu peux faire des semaines sans rien trouver », explique Alioum, l’un des gardes du chantier.

Pour subvenir à leur besoin, les orpailleurs contractent des dettes auprès des commerçants, en attendant d’avoir des entrées financières. « Les gens prennent beaucoup de crédit, et ne remboursent que lorsqu’ils ont de l’or, une situation qui peut durer un mois », explique Seni. Cependant, ces commerçants parviennent à faire des bénéfices. « Quand les ventes sont abondantes, je vends environ 20 000 F Cfa, mais lorsque ce n’est pas bon, c’est 5 000 F Cfa la journée », indique Saliou Baba, un autre commerçant. A l’en croire, les ventes étaient beaucoup plus intéressantes à l’entame de ce chantier, qu’au jour d’aujourd’hui, car les ventes journalières allaient jusqu’à 100 000 F Cfa.

Michèle EBONGUE, de retour de Bétaré-Oya

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