Fact-checking : En 2012, Bolloré n’avait pas promis de TGV au Cameroun

Contrairement à ce qui circule sur la toile depuis quelques jours, Vincent Bolloré au sorti d’une audience chez Paul Biya en mai 2012 avait annoncé non pas un projet de Train à grande vitesse (Tgv), mais un train rapide d’une durée de 3h entre Yaoundé et Douala.

La fausse nouvelle est abondamment relayée depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, notamment à la faveur du “voyage test de sécurité”  conduit par le Ministre des Transports, Jean Ernest Ngalle Bibehe.

C’est surtout sur Facebook que les publications se multiplient à ce sujet. Chacun y va de son post ou commentaire pour rappeler à Vincent Bolloré et par ricochet à la Cameroon Railway (Camrail) sa promesse jusqu’ici non tenue : Celle de « construire une ligne Train à grande vitesse (Tgv) reliant les deux granges villes du pays Douala et Yaoundé ». Les captures d’écran des articles des journaux papiers ou en ligne ayant relayés cette information qui date de 9 ans sont mises à contribution. Benjamin Ngadeu par exemple écrit, « Après avoir annoncé la construction d’une ligne de Tgv en 2012 reliant deux villes du Cameroun, Bolloré vient de nous offrir en 2021 un train à vapeur que certains de nos compatriotes ont vite fait de porter leurs habits du dimanche pour aller l’inaugurer. Honte à nous ». Le post est illustré par deux photos. Guy Bertrand Wonkam un autre internaute s’interroge : « Bolloré et le train de la mort. De qui se moque-t-on ? Où est le TGV annoncé depuis 2012 ? … ».

La publication de J.Remy Ngono sur le sujet se résume à une capture d’écran d’un article ayant traité de cette nouvelle. Sur la capture, l’on peut lire en titre : « Bolloré construira un Tgv au Cameroun ». L’article avait été mis en ligne le 15 mai 2012. Publié sur sa page Facebook le 29 avril dernier à 19h 28, le post enregistrait jusqu’à mardi 4 mai plus de 2 000 réactions, 699 commentaires et 100 partages.

Joint au téléphone par Data Cameroon, Camrail explique qu’il n’a jamais été question de la construction d’une « ligne de Tgv », mais plutôt d’un « train rapide », avant de restituer les propos tenus par Vincent Bolloré ce jour-là au sortir de l’audience avec le président de la République.

Voitures réhabilitées

« Voici la phrase exacte à la sortie du palais de l’unité : Nous avons aussi des projets dans le chemin de fer qui consistent à la fois à prolonger le chemin de fer vers d’autres pays et permettre ainsi d’aller récupérer les voyageurs et les produits pour les transporter via le Cameroun. Et puis, nous avons un projet de train rapide entre Douala et Yaoundé avec des autorails qui pourraient mettre trois heures, c’est très important. Ce qui permettrait de désengorger les routes, d’avoir moins d’embouteillages ». Ce sont ces mêmes propos qui sont contenus dans l’article de nos confrères du quotidien Le Messager publié en mai 2012. Le compte rendu de cette audience co-signé par Frédéric Boungou et Willy Ntoual ne mentionne nulle part la construction d’une ligne de Tgv au Cameroun. L’article avait d’ailleurs été repris in extenso par le site d’informations, cameroun-info.net. D’après Camrail, tout est partie d’un mal entendu ou mieux encore, d’une mauvaise interprétation des propos de Vincent Bolloré à l’issue de son audience avec Paul Biya le 14 mai 2012.

Seulement, il est bon de relever qu’à la suite de ces articles publiés avec cette confusion et mauvaise interprétation des propos de Bolloré dans le rendu, aucun démenti, ni droit de réponse n’avait été publié à cette époque-là. Ce qui a aidé à rendre crédible l’information ou l’annonce d’une ligne de Tgv à venir, au lieu d’un train rapide comme annoncé par Vincent Bolloré. A noter que tout ceci intervient quelques jours seulement après le voyage essai du train express Douala-Yaoundé. Un service qui était en arrêt depuis la catastrophe d’Eséka le 21 octobre 2016 et qui avait coûté la vie à 79 personnes, et faisant près de 600 blessés, d’après le bilan officiel.

Ce voyage test a eu lieu le 29 avril dernier, avec plusieurs autorités et personnalités à bord. Bon à savoir, il ne s’agit pas de nouveaux wagons. “La réhabilitation de ces wagons a été réalisée afin de relancer le trafic voyageur entre Douala et Yaoundé en attendant l’arrivée de nouvelles voitures en cours d’acquisition par l’Etat” confie t-on à Camrail. Une réhabilitation conduite par les équipes de Camrail et ses sous-traitants locaux à hauteur de 1,1 milliard.

Marthe NDIANG

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