Fact-checking : Il n’y a pas eu d’inauguration de feu tricolore à Sangmélima

D’après une photo devenue virale sur les réseaux sociaux, des feux tricolores ont été inaugurés dans cette ville de la région du Sud en grande pompes. Mais après vérification, ce cliché n’a pas été pris au Cameroun mais au Nigéria selon l’outil TinEye.

A peine publiée lundi le 24 mai en début d’après-midi, la photo est devenue virale sur les réseaux sociaux, notamment Facebook. Dans les groupes professionnels WhatsApp aussi, le cliché est abondamment partagé. Sur la page Facebook dénommée AfruPulse F par exemple, la photo postée à 13h 58 minutes s’accompagne d’une sorte de légende : « [Cameroun] Inauguration d’un feu tricolore à Sangmélima ». Mardi 25 mai 2021, soit 24 heures après la publication du post, ce dernier comptait 1.700 réactions, 954 commentaires et 109 pour une page qui compte 5 479 172 abonnés.

D’après l’auteur de la publication, il s’agit d’une image filmée à Sangmélima, ville située dans la région du Sud Cameroun. Le cliché montre un feu de signalisation installé à un carrefour et dont le mât est savamment revêtu d’un tissu blanc, orné de bleu. Le bas de l’infrastructure est recouvert des mêmes étoffes et couleurs. Une jeune femme, plateau en main et deux hommes sont tout près.

Seulement, le panneau d’affichage en arrière-plan et l’environnement immédiat en image sont entre autres éléments premiers qui laissent penser que la photo n’a pas été prise au Cameroun. Une idée confortée par les explications de Jérôme Essian, journaliste basé dans la région du Sud et qui a ses habitudes à Sangmélima, joint par Data Cameroon. « C’est un fake ! Cette photo n’a pas été prise à Sangmélima », tranche d’emblée notre confrère. Et pour cause, poursuit le journaliste, « Il n’y a pas de feux de signalisation à Sangmélima. Il n’y a pas non plus eu une quelconque cérémonie d’inauguration des feux. Il n’y a même pas des travaux en cours pour une infrastructure de ce genre dans la ville. S’il n’y a pas de feux de signalisation à Ebolawa, c’est à Sangmélima qu’il y en aura ? » s’interroge-t-il de façon rhétorique.

Outils

Le résultat d’une recherche d’image inversée de cette photo à l’aide de l’outil TinEye, donne trois images correspondantes et confirme que cette photo n’a pas été prise au Cameroun, mais au Nigéria.

En effet, d’après les résultats obtenus grâce à cet outil de recherche, cette photographie illustre une publication de Naija News. Elle a été postée par Daniel, le 22 mai 2019. D’autres photos de la même cérémonie accompagnent la publication. A l’instar de celle de la plaque immortalisant cet évènement. Et sur laquelle est écrit en anglais et traduit en français par DataCameroun : « Feu de signalisation de rue à énergie solaire (…) commandé par son Excellence Elder (Prof.) Ivara E. Esu, le mardi 21 mai 2019… ». L’autre détail important c’est le titre de la publication écrit en anglais : « Incroyable ! Voir les photos de la mise en service d’un réverbère dans l’Etat de Cross Rivers ».

Plaque immortalisant la cérémonie et portant toutes les informations factuel de l’évènement.

A noter que, Cross Rivers dont il est question est un Etat du Sud-Est du Nigéria. Il tire son nom du principal fleuve qui le traverse et sa capitale est Calabar.  Et le Professeur Ivara Ejemot Esu auquel l’on fait référence sur la plaque commémorative suscitée est d’après les informations sur son compte officiel Twitter, le gouverneur adjoint de l’Etat de Cross Rivers. Un ensemble d’éléments qui permettent d’affirmer que la photo devenue virale n’a pas été prise au Cameroun mais au Nigéria.

Cette fausse nouvelle intervient au moment où le sujet sur la transparence de la gestion des fonds alloués par les bailleurs de fonds dans la lutte contre la Covid-19 défraye la chronique au Cameroun. Sangmélima n’est autre que le chef-lieu du département d’origine de Paul Biya, âgé aujourd’hui de 88 ans dont 38 ans au pouvoir. Les manipulateurs et auteurs de cette fausse nouvelle tentent ainsi de démontrer que le gouvernement s’occupe plus des questions inutiles plutôt que des multiples crises que traverse le pays.

Marthe NDIANG

 

 

 

 

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