Fact-checking : Oui, il y a eu plusieurs incidents lors des élections régionales au Cameroun

Contrairement aux déclarations du Minat lors de son point de presse sur la situation des élections régionales du 06 décembre 2020, plusieurs incidents ont été enregistrés dans le pays notamment dans les régions anglophones.

 « A l’heure qu’il est (dimanche 06 décembre 2020, Ndlr), le ministre de l’Administration Territoriale peut dire avec certitude que l’élection des conseillers régionaux s’est déroulée dans la sérénité, le calme et la tranquillité. Aucun incident susceptible de porter atteinte à la crédibilité du scrutin ou à la sincérité des résultats attendus des urnes n’est à relever », a déclaré le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji dimanche le 06 décembre 2020 à l’issue du scrutin pour les toutes premières élections régionales au Cameroun. Au cours de cette sortie, le Minat est revenu sur le déroulement des élections dans toutes les 58 circonscriptions électorales, correspondant aux 58 chefs-lieux de département du Cameroun.

Seulement, dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest notamment, la sérénité et la quiétude n’étaient pas de mise contrairement aux déclarations du Minat.

En effet, des journalistes et membres de la société civile contactés par DataCameroon relèvent des cas documentés sur le terrain. C’est le cas du conseiller Encho Elias Ambi, conseiller municipal de la localité de Widikum dans la région du Nord-Ouest. Ce dernier a été tué ce dimanche-là par balles par des hommes armés non encore identifiés, alors qu’il revenait de Mbengwi pour le vote. Newsinfotrends.blogspot.com relaie aussi l’assassinat de cet ancien douanier déjà à la retraite. Le confrère sous la plume de Mildred Ndum Wung Kum revient également sur d’autres cas.

Du côté de l’ONG, Women’s International League for Peace and Freedom » (Wilpf), Guy Feugap, le directeur des programmes de cette organisation pour le Cameroun confirme également des incidents dans le Nord-Ouest. Ce dernier a coordonné la cellule de veille et d’alerte de la Wilpf sur le terrain, dans cette partie du pays. Et les notes préliminaires du monitoring de ces élections par la salle de veille font état d’un « certain nombre de faits et d’incidents ». A savoir : « circulation des vidéos contenant des messages d’intimidation afin d’influencer les candidats et les électeurs dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest ; les menaces de combattants séparatistes dans les régions anglophones, lesquels ont averti que tout chef participant aux élections risque d’être assassiné. Le commandant de douanes, conseiller municipal de la commune de Widikum dans le Nord-Ouest a d’ailleurs été tué après avoir pris part au vote ; tirs de coup de feu dans certaines localités du Nord-Ouest (Mbengwi, entre Akum et Alahteneng) dont un décès (signalé plus haut) et deux blessés … », liste la salle de veille. Qui, dans son rapport, précise que la région du Sud-Ouest a été relativement calme, les opérations de vote s’étant bien déroulées à Limbé, Manfé, Buea, les localités visitées. Néanmoins, « dans la ville de Buea, les populations sont pour la majorité restées chez elles, par peur des attaques », lit-on dans le rapport préliminaire.

Difficile déploiement sur le terrain

A en croire David Moukoudi de « Un monde avenir », dans le Nord-Ouest notamment, « des électeurs ont reçu des menaces des groupes séparatistes. Nous n’avons pas encore les noms des concernés et les localités. C’est ce que nous attendons pour le moment. On reste prudent pour communiquer là-dessus et on attend de recouper encore toutes les informations de la part de certains contacts qu’on a sur place », fait savoir David Moukoudi. Ce dernier précise d’ailleurs la difficulté qui aura été pour leurs observateurs électoraux de se déployer sur le terrain dimanche, du fait de l’insécurité et par peur des représailles. « D’après ce qu’ils nous ont remonté c’est que lorsqu’on vous voit rôder autour d’un centre de vote, vous devenez un suspect, une cible. Du coup nos contacts sur place n’ont pas pu se déployer sur le terrain par peur », rapporte-t-il. Il poursuit en outre, qu’« il a fallu user de certaines ruses pour pouvoir avoir accès à certains centres de vote parce que d’après ce qu’ils nous ont dit, c’était par peur et comme les séparatistes ne sont pas facilement identifiables, ils vous observent et vous vous ne savez pas qui ils sont. Du coup, lorsque vous êtes aperçus tout autour des centres, on vous voit faire des allers et venues avec un bagde, ils comprennent immédiatement que vous êtes là pour les élections et vous risquez d’être poursuivis plus tard. Ce qui fait que nos contacts comme je le disais tantôt n’ont pas pu se déployer normalement ».

Dimanche dernier était jour d’élection au Cameroun. Il s’agissait des premières élections régionales dans l’histoire du pays. En effet, le 7 septembre dernier, le président de la république Paul Biya signait le décret convoquant les collèges électoraux pour l’élection des Conseillers régionaux à la date du 6 décembre 2020. Et donc dimanche dernier, le Cameroun a eu droit à sa toute première élection des Conseillers régionaux. 10 236 conseillers municipaux et 14 002 chefs traditionnels membres des deux collèges électoraux étaient attendus aux urnes pour élire les 900 premiers Conseillers régionaux du Cameroun.

Au regard de ce qui précède, l’on ne saurait affirmer encore moins soutenir que les élections régionales de dimanche se sont déroulées dans le calme et sans incidents dans tout le Cameroun. Dans une note signée du Ministre de la Communication  en fin de journée du 08 décembre 2020 faisant le point des élections, celui-ci a reconnu que quelques violences ont été observées.

Marthe Ndiang 

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