Une publication partagée dans plusieurs groupes sur Facebook et whatsapp a prétendu qu’une dame à Douala collectait les masques chirurgicaux déjà utilisés et les relavait pour les revendre. Nous avons vérifié l’histoire, il n’en est rien.

 Le 19 avril 2020, un internaute camerounais a publié sur son compte Facebook et partagé dans de nombreux groupes, des photos. Sur l’une d’elles, on peut voir deux femmes en train de laver des masques chirurgicaux, tandis que les autres présentent des masques en mauvais état. Le commentaire qui accompagne les photos précise que la scène se déroule à Douala au Cameroun. Selon Valery Feuba, l’auteur de la publication, il s’agit d’une maman qui « parcourt les rues de Douala la capitale économique et ramasse les masques déjà utilisés et jetés, les lave et les revend à hauteur de 50 frs la pièce ». Vu le contexte sanitaire délicat actuel, nous avons voulu en savoir plus, et après vérification, il ressort que non seulement la scène ne se déroule pas au Cameroun mais en plus il ne s’agit pas de masques utilisés.

Appels à la vigilance

Avant la publication, des images de femmes lavant des masques, des mises en gardes avaient déjà été faites sur les réseaux sociaux par des internautes camerounais au sujet des masques qui seraient récupérés par des vendeurs peu scrupuleux dans les poubelles d’hôpitaux et revendus dans les rues. Une des publications était d’ailleurs illustrée par un communiqué attribué à Eneo, la compagnie d’électricité.

La recherche inversée de l’image sur laquelle les deux femmes apparaissent, combinée aux mots clés « women washing face masks » sur le moteur de recherche Google Images a permis de retrouver quelques articles qui utilisaient cette image. Publiés essentiellement sur des plateformes nigérianes, ces articles citaient une source sur twitter, un certain Eniola Opeyemi.

Les faits ne se sont pas déroulés au Nigéria

En effectuant une recherche sur twitter, nous avons retrouvé la publication d’Eniola Opeyemi, faite le 19 avril 2020. Le tweet parle en effet de personnes qui lavent des masques pour les revendre, mais ne précise pas le lieu où se déroule la scène.

Un deuxième tweet du même auteur précise cependant que la scène ne se déroule pas au Nigéria, et que la publication est juste un appel à la prudence. Le deuxième tweet est lui aussi accompagné de trois autres photos qui sont des captures d’écran effectuées à partir d’une page Facebook.

En examinant les captures de près, il ressort que le compte qui est à l’origine des photos partagées par Eniola est d’une page Facebook dénommée Orrera.

Des masques détériorés par la pluie

En parcourant la page Orrera, le premier constat que nous faisons, c’est que la langue utilisée c’est le portugais. Nous décidons donc de parcourir les publications de la page et tombons effectivement sur les photos partagées sur Facebook, plus d’autres images de la même scène.

Les photos, qui ont été publiées le 18 avril dans l’après-midi, sont accompagnées d’une explication. Après traduction du portugais, nous apprenons qu’un Chinois (qu’on voit sur certaines images) a effectivement récupéré près de 25.000 masques chirurgicaux « détériorés/endommagés par la pluie » et les faisait laver et sécher pour les vendre plus tard. Averties, la police et les autorités ont fait une descente sur les lieux et le stock de masques a été saisi et détruit, raconte Orrera.

Sur les images on peut facilement reconnaître les deux laveuses par leurs vêtements dans le pickup de la police, ce qui ne laisse que peu de place au doute.

L’histoire se passe à Nampula, au Mozambique

Si l’histoire racontée par la page Orrera est vraie, nous n’avons jusqu’ici aucun élément qui, de prime abord, nous permette de localiser la scène. Nous décidons donc de parcourir la page pour en savoir plus. Dans la section « à propos » de la page Orrera, deux informations intéressantes ressortent : l’adresse email, et le numéro de téléphone.

Une recherche rapide sur Google nous donne un premier indice : Nampula est une ville du Mozambique, information que vient confirmer l’indicatif du numéro de téléphone affiché sur la page Orrera, +258, qui correspond également au Mozambique. Enfin, la publication mentionne également la ville de Dondo, qui selon les recherches effectuées se trouve bel et bien au Mozambique.

D’autres sources concordantes

Dans le but de confronter l’information donnée par la page Orrera, nous avons cherché d’autres sources susceptibles de donner la même information. En effet, quelques sites parlent de l’événement sur internet, notamment Daily Post Nigeria, GistMania ou encore Paradigm Naija. Même si ces sites parlent encore de masques usés, ils localisent déjà la scène au Mozambique.

Ces sites indiquent comme source le tweet d’un journaliste Mozambicain, reporter à ZitamarNews et contributeur sur Global Voices, Alexandre Nhampossa.

La version d’Alexandre concorde avec celle d’Orrera notamment sur le lieu (Dondo), les protagonistes (deux femmes et un chinois) et l’état des masques (endommagés et non utilisés). De plus, une des images publiées par Alexandre montre les masques en train d’être brûlés, ce qui rejoint une fois de plus la version de la page Orrera.

Contacté par message privé sur twitter, Alexandre Nhampossa nous a confirmé que l’événement s’est bien déroulé au Mozambique. Il a partagé avec nous le contenu d’un communiqué de la commune de Dondo qui relate les événements. Le communiqué daté du 18 avril 2020 précise que le chinois et les deux dames ont été conduits à un poste de police et que les masques saisis ont été incinérés.

Fotso Fonkam

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