Réalité :Des enseignants ont perçu 300 FCfa de prime trimestrielle

Une liste de décharges des primes trimestrielles des enseignants attribuée au lycée de Nkolmetet est devenue virale sur les réseaux sociaux depuis le 18 avril 2022. Mais après vérification, bien que les montants affichés soient exacts, la liste elle, provient non pas du lycée de Nkolmetet, mais de celui d’Abondo.

Depuis un peu plus d’une semaine, une liste de noms est abondamment relayée sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook. Le document comporte entre autres 21 noms, des montants d’argent et des signatures. Les sommes marquées sur la liste sont comprises entre 200 F Cfa et 1000 F Cfa. A l’entête du document, il est écrit : « III- Personnel enseignant ».  Le 18 avril 2022 en matinée, lorsque Boris Bertolt publie ladite liste sur sa page Facebook, il écrit : « LES PRIMES TRIMESTRIELLES DES ENSEIGNANTS AU LYCÉE DE NKOLMETET (Sic)”. Cette publication du journaliste et cyber-activiste a généré plus de 1000 réactions et près de 1000 commentaires.

Réalité : Vrai, des enseignants ont perçu 300 FCfa de prime trimestrielle

Le même cliché illustre la publication du TGV de l’info. Une page qui, comme celle de Boris Bertolt, s’est donnée pour mission de dénoncer le régime en place. On peut y lire : « 200 FCFA REMIS À UN ENSEIGNANT DU LYCÉE DE NKOLMETET, DANS LE CENTRE COMME PRIME TRIMESTRIELLE (Sic)”. Jeudi 28 avril 2022, le post comptait plus de 500 réactions et près de 300 commentaires. Le même sujet a fait l’objet d’un article sur le site d’informations générales Cameroun 24.net. « OTS. Des enseignants touchent 300 Fcfa de primes trimestrielles au Cameroun », titre le journal en ligne. Seulement, après vérification auprès des Censeurs des lycées de Nkolmetet et d’Abondo, bien que les montants affichés soient exacts, la liste elle, provient non pas du lycée de Nkolmetet dans la région du Sud, mais de celui d’Abondo dans la région du Centre.

Vérification

Joint au téléphone par Data Cameroon, Landry Nnama, censeur au lycée de Nkolmetet dans la région du Sud déclare que ce document est un faux, ou du moins, ne provient pas de l’établissement où il exerce. « Quelques indices qui peuvent déjà vous faire comprendre qu’il s’agit d’un faux document : Déjà, c’est la 2è page du document qu’on montre or avec la première, on allait identifier l’établissement. Celui qui filme ouvre juste la 2è page et on ne voit pas la 1ère page où il y a certainement des noms et celui de l’établissement. L’autre chose c’est que, aucun nom sur cette liste-là n’est personnel du lycée de Nkolmetet. Je dis bien aucun nom… », relève Lanry Nnama. Qui précise par la même occasion que la prime de rendement a été effectivement payée au lycée de Nkolmetet mais pas à ces montants-là.

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Contacté par messagerie Whatsapp, Claude, enseignant de lycée confirme pour sa part l’authenticité du document et donne des précisions sur sa provenance. « Je confirme l’authenticité de ce document. J’ai deux amis dont les noms apparaissent sur la liste. Ils l’ont confirmé. Ils nous ont fait savoir qu’il y’a des années où certains de leurs collègues ont perçu la somme de 200 FCFA comme prime trimestrielle. Le rectificatif que je pourrais apporter à cette information est au niveau du lycée. Il ne s’agit pas du lycée de Nkolmetet, mais du Lycée d’Abondo non loin de la ville de Soa ». Information que confirme Jacqueline Tindo, censeur au lycée d’Abondo lors de nos échanges Whatsapp. « Cette information est exacte et a été publiée par un collègue malveillant et indélicat. Il s’agit bel et bien des états des primes du premier trimestre », déclare le censeur.

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Elle poursuit, « en réalité, ce que vous devez savoir, c’est que le montant global des primes de rendement trimestrielles dans les lycées est proportionnel au nombre d’élèves. Ce montant global, qui est distribué aux enseignants, est d’autant plus élevé que le nombre d’élèves est important. Malheureusement, les effectifs de nos élèves sont très faibles (un total de 100 élèves dans tout le lycée) tandis que l’effectif des enseignants est très élevé. Du coup, il y a très peu d’argent à distribuer à de nombreux enseignants, d’où les faibles montants observés ».

Réalité : Vrai, des enseignants ont perçu 300 F Cfa comme prime trimestrielle

Revendications

Une explication qui rejoint celle de Guy Blaise Feugap et Narcisse Mbiti respectivement professeur au lycée de Mbalngong dans la région du Centre et censeur au lycée de Mozogo dans la région de l’Extrème-Nord en ce qui concerne les montants dérisoires. Pour mieux nous faire comprendre comment on en arrive à ces montants, les deux hommes expliquent que dans les frais exigibles, le montant alloué à la prime de rendement est de 1000 Frs au 1er cycle et 1200 Frs au second cycle. Il est donc fonction de l’effectif total des élèves solvables. Il faut repartir le montant global sur trois trimestres. Et prendre en considération que 70% du montant à payer est alloué au personnel enseignant, 15% au personnel administratif et 15% au personnel d’appui. Ce qui réduit considérablement le montant à toucher par chaque personne. « Le montant à distribuer comme prime de rendement dépend du nombre d’élèves ayant payé les frais exigibles d’une part, et du nombre de personnels à en bénéficier

Réalité : Vrai, des enseignants ont perçu 300 FCfa de prime trimestrielle

Par ailleurs, un certain nombre de critères entrent en jeu au moment de distribuer la prime (ponctualité, assiduité, autres responsabilités, etc….). Donc, on peut vraiment dans certains établissements retrouver des primes de ce montant », explique Guy Blaise Feugap. « Ça arrive très souvent que les montants de primes de rendements tournent autour de ce que vous voyez sur ce document », renchérit Narcisse Mbiti.

Cette information circule au moment où le secteur de l’éducation est secoué par un débrayage lancé le 21 février 2022 par le mouvement Ots (On a trop supporté, Ndlr). L’opération dénommée « Craie morte » a paralysé durant des semaines les lycées et collèges d’enseignement secondaire du pays. Une trêve a été observée par la suite après des propositions de sortie de crise par le gouvernement. Seulement, depuis lundi 25 avril 2022, le mouvement a de nouveau appelé les enseignants à faire grève. L’essentiel des revendications se résume en l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail.

Marthe NDIANG

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