Présidentielle : Après 2018, le déclin électoral du Social Democratic Front

Ce parti, jadis le principal de l’opposition, a enchaîné des contre-performances lors des élections présidentielles de 2018 et 2025. Des résultats que les analystes politiques attribuent aux luttes intestines au sein du parti.

Comme en 2018, le Social Democratic Front (Sdf) enchaîne une contre-performance à la Présidentielle du 12 octobre 2025. Selon les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel le 27 octobre dernier, ce parti d’opposition se classe 6e sur 12 candidats avec un score de 1,21%, loin derrière les 3,35% et la 4e place, obtenus en 2018. Très loin derrière la deuxième place obtenue à la présidentielle de 1992, 2004 et 2011.

D’après le politologue, Paul Stéphane Menounga, les contre-performances du Sdf ont des causes profondes. La première, relève-t-il, concerne la personnalité du candidat. « Le chairman actuel du Sdf n’a pas le charisme de son prédécesseur. Ce qui a fait la force du Sdf, ce n’était pas l’appareil politique, mais, le charisme de Ni John Fru Ndi, parce qu’il était dépositaire de cette légitimité. Les foules le suivaient, les électeurs croyaient en lui. Ce qui n’est pas le cas du chairman actuel qui a une posture qui ne correspond pas à la sociologie de « l’électeur opposant » au Cameroun », souligne Paul Stéphane Menounga. Non sans indiquer que ses discours sont très conventionnels, un peu trop républicains. « Ce qui donne l’impression qu’il serait un collaborateur du parti au pouvoir », dit-il.

En effet, créé le 26 mai 1990 à Bamenda, le Sdf a toujours occupé la deuxième place à une élection présidentielle, municipale ou législative. Le parti qui, depuis son entrée à l’Assemblée nationale a toujours formé un groupe parlementaire, peine désormais à en avoir un. Avec 43 députés en 1997, cette formation politique en compte à peine 10 en 2020. Idem pour les municipales. En 1996 le Sdf a enrôlé 61 communes sur 336 et 22 sur 360, lors des municipales de 2013 et en a perdu plusieurs en 2020. Notamment dans son fief le Nord-Ouest à cause de la crise anglophone selon certains témoignages.

Législatives de 2002

Même si les résultats enregistrés ces dernières années semblent choquer, ils ne surprennent pas Carlos Ngoualem, ancien responsable Sdf de Douala 5e et ancien adjoint au maire de cette commune d’arrondissement. « Les divisions internes ont commencé en 2002 après les élections législatives. Plusieurs cadres avaient démissionné après avoir été battus aux élections. Ils accusaient le chairman (John Fru Ndi, Ndr) d’avoir accepté que le Sdf siège à l’Assemblée nationale alors que ces derniers prônaient le boycott. Il y’a eu en 2006 une convention nationale et une commission de réconciliation pour ramener ceux qui voulaient revenir et essayer de renforcer l’unité du parti. Mais ça n’a pas vraiment marché », explique-t-il.

En plus, dit-il, il y a eu l’exclusion de certains cadres du parti par John Fru Ndi. « Le chairman, alors malade, a pris la décision d’exclure les principaux cadres qui faisaient la force du parti. Malheureusement ce sont ces exclus qui incarnaient le parti auprès des militants et des sympathisants. Et aujourd’hui, le résultat est clair et effroyable », déplore Carlos Ngoualem.

Un avis que partage le politologue, Paul Stéphane Menounga. « C’est l’aile dure qui a toujours porté le Sdf et non l’aile modérée. La déchirure ou la fragmentation du Sdf avait déjà commencé du vivant de John Fru Ndi. Aujourd’hui, la déliquescence ne fait que continuer. Il faudrait peut-être que le Sdf se pose les véritables questions aujourd’hui », analyse-t-il.

Cependant, reconnaît Paul Stéphane Menounga, la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, base politique du parti l’a fragilisé, car désormais sans base politique. Toutes choses qui lui font dire ne pas être surpris des résultats du Sdf. Lesquels, dit-il, pourront être davantage pires aux municipales et législatives prévues début 2026, si rien n’est fait.

Fin de non-recevoir

Au Sdf, on en est conscients, même si les cadres et militants restent peu diserts sur le sujet. « Le président du parti a pris acte des résultats. Nous attendons le Nec qui va bientôt se tenir. C’est au cours de cette réunion que le parti va analyser ce qui n’a pas marché et se projeter vers les prochaines échéances », renseigne le ministre de la communication du shadow cabinet du Sdf, Moïse Nguidjol. Cependant, sous-cape, l’on apprend d’un autre cadre du parti qui a requis l’anonymat, que la fragilisation du Sdf est la conséquence de la machine mise sur pied par le gouvernement pour diviser le parti et faire croire que son leader serait en accointance avec le gouvernement.


Made with Flourish

Joint au téléphone afin d’avoir sa réaction sur ces déclarations faites sur le leadership du Sdf, le chairman Joshua Osih n’a pas daigné répondre aux questions. « Appelez monsieur Kedjan, il est là pour ça », répond-t-il au journaliste. Sur insistance du journaliste, le président du Sdf et député à l’Assemblée nationale lâche : « Je ne vous donne pas ma réaction. On est occupé là. Comment vous ne pouvez pas comprendre ça ? ».

Contacté également par téléphone, Henry Kedjan, Secrétaire national à la communication du Sdf dit avoir transmis le protocole d’interview à Joshua Osih qui lui a promis d’y apporter des réponses. Une réaction totalement opposée à celle du président du Sdf.

Pour remettre le parti au-devant de la scène politique camerounaise, recommande le politologue Paul Stéphane Menounga qui pense que le Sdf s’est détaché des maux des camerounais, il faut changer de leadership pour remettre le parti au-devant de la scène politique camerounaise. « En deux élections, Joshua Osih a démontré qu’il n’est pas l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Le Sdf doit se réinventer. Il faut que ce parti se réapproprie des débats proposés et posés par les camerounais d’en bas », propose le politologue.

Pour le politologue, cette formation politique a besoin d’un chairman qui va incarner la vision du parti. « Au Sdf, il y a les modérés et ceux qui pensent qu’il faudrait être dure avec le gouvernement. Il faut un leader qui va rassembler ces deux factions, et qui aura une posture qui le détache complètement du parti au pouvoir », ponctue Paul Stéphane Menounga.

Blaise Djouokep

Cet article a été produit dans le cadre du projet Partenariat pour l’intégrité de l’information.

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SDF

Présidentielles

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