VIH : malgré la baisse, l’épidémie reste féminine au Cameroun
Les nouvelles données 2024/2025 confirment une tendance observée depuis 2021. Les femmes continuent d’être surreprésentées parmi les personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine et les nouvelles infections, malgré un recul national.
Les résultats les plus récents de l’enquête CAMPHIA 2024/2025 montrent que la prévalence du Vih reste nettement plus élevée chez les femmes ; soit 3,6 %, contre 1,6 % chez les hommes. Autrement dit, une femme, comme l’indique Dr Paul Tassé, médecin généraliste, a à peu près deux fois plus de chance de contracter le Vih qu’un homme.
Dans les services de prise en charge, cet écart n’a rien d’abstrait. « Au cours des consultations Vih, les femmes restent majoritaires. Souvent, elles arrivent parce qu’elles ont été testées pendant une grossesse ou après une maladie opportuniste », constate au quotidien Dr Paul Tassé. Pour lui, les chiffres nationaux rejoignent la réalité du terrain où les femmes se dépistent davantage, mais s’infectent aussi plus.
Cette surreprésentation féminine n’est pas nouvelle. En 2021, les estimations de l’Onusida (issues du modèle Spectrum) situaient la prévalence du Vih autour de 2,9%, avec un taux nettement plus élevé chez les femmes, soit environ 4,03 % contre 1,89 % chez les hommes. D’après la même organisation, les estimations de la prévalence de 2022 aurait baissé à 2,6% chez les 15-49 ans. Tandis que les femmes de plus de 15 ans représentaient 64,1% des personnes vivant avec le Vih cette même année.
En 2023, les données de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) ont révélé que le pays comptait environ 490 500 personnes vivant avec le Vih, dont 331 000 femmes. Les jeunes de 15 à 24 ans représentaient près de 19 % des nouvelles infections, avec 2 228 cas enregistrés.
Au-delà de la prévalence, les indicateurs d’incidence confirment aussi la persistance du déséquilibre. Entre 2024-2025, Le Cameroun a enregistré une incidence annuelle estimée à 0,15 % chez les 15-49 ans, soit environ 21 000 nouvelles infections par an, alors même que les femmes demeurent majoritaires parmi les personnes vivant avec cette IST.
Pour le Dr Aline Mbessa, médecin généraliste, cette stabilité de l’écart femmes-hommes doit alerter. « On ne peut pas parler de recul réel du Vih si les jeunes femmes continuent d’être celles qui paient le prix fort », souligne-t-elle. Dr Aline Mbessa rappelle que cette surreprésentation s’explique par une combinaison de facteurs sociaux, économiques et biologiques tels que le faible pouvoir de négociation dans les rapports sexuels, les violences basées sur le genre et entre autres, inégalités d’accès à l’éducation et aux services de prévention. « Le problème n’est pas uniquement médical, il est aussi social », insiste le Dr Paul Tassé. « « Ce contraste entre recul national de l’épidémie et persistance de l’inégalité femmes-hommes nuance le récit d’un progrès sanitaire uniforme », conclut-elle.
Mélanie Ambombo







