Infrastructures : Plus de 73% des routes de l’Est en décrépitude
Une entreprise minière qui s'efforce à entretenir une route communale dans l'arrondissement de Ketté

Les routes en décrépitude au Cameroun

Malgré un investissement de plus de 16 milliards de F CFA transféré par le ministère des Travaux publics aux collectivités territoriales décentralisées entre 2018 et 2024, le réseau routier présente des nombreuses faiblesses Infrastructures et routes de l’Est. D’un linéaire de 13 401.14 km, seulement 7,8% sont en bon état.

Pierre Mekout, chauffeur d’un pickup et ses amis ont échappé, de justesse à un accident de la circulation le 13 juillet 2024. Le groupe de 6 personnes rentre d’un séjours dans l’arrondissement de Mbotoro dans le département de la Kadey, région de l’Est. Le mauvais état de la route Ouli, chef-lieu de l’arrondissement de Mbotoro-Ketté, longue d’environ 60 km et Ketté-Batouri (75 km), rend le voyage pénible.  « Le pick-up est tombé en panne trois fois à cause du mauvais état de la route entre Ouli et Ketté. Nous sommes partis d’Ouli vers 19 h et on est arrivé à Batouri vers 5 h du matin. Soit environ 10 heures de route sur 135 km », raconte Raoul Mbele, l’un des voyageurs.

Pour éviter ces obstacles routiers, Stéphane Arouna, un habitant de Bertoua a préféré l’axe Tongo-Gadima en passant par Ngoura. « De Bertoua à Tongo, le tronçon de 110 km est goudronné. Mais de Tongo à Ouli en passant par Tikondi, Woumbou et Malewa-Kadey, la partie  longue de 81 km n’est pas en bon état », déplore-t-il.

Selon Moussa Babal, ancien maire de la Commune de Ngoura et Conseiller régional, « l’état de la route est très mauvais et l’enclavement s’en suit dans la région de l’Est ». Il relève que l’unique route pratique est l’axe central bitumé qui part de Mboma à Garga-Sarali. « La route Giwa-Yangamo-Ngoura centre (38 km) est en mauvais état et nécessite la construction d’un pont sur le fleuve Oudou. La route régionale N°5 qui part de Batouri pour Ndokayo en traversant Ngoura (100 km) est en mauvais état et a besoin d’un pont définitif sur le fleuve Kadey où jusqu’à maintenant on utilise le bac mécanique pour le traverser. Enfin, la bretelle Woumbou-Malewa-Kadey (25 km) pour rallier Ouli nécessite un pont définitif sur la Kadey », évalue cet ancien maire.

Infrastructures et routes de l’Est Cas de Moloundou

Du fait de la longue distance qui le sépare de Bertoua, (environ 600 km) et du mauvais état de la route, l’arrondissement de Moloundou a longtemps été enclavée. « Il y a deux types de route dans l’arrondissement de Moloundou. Les routes agricoles qui englobent les routes communales et les routes nationales. Il faut avouer que l’état de ces routes n’est pas bon parce que pour que l’engin y arrive, il faut des années. La dernière fois qu’un engin a frôlé les routes Moloundou-Socambo (200 km), Moloundou-Ndongo (50 km) et Moloundou-Kika (75 km) date de 40 ans environ », indique Richard Allo, maire de Moloundou. Il précise que « ces secteurs englobent plus d’une dizaine de villages, trois écoles publiques primaires fermées et 2 centres de santé fermés depuis 7 ans. Ici, on ne parle plus de route mais d’une piste de champ ».

Le bac sur le fleuve Kadey qui relie l'arrondissement de Ketté à celui de Ngoura longtemps en panne.
Le bac sur le fleuve Kadey qui relie l’arrondissement de Ketté à celui de Ngoura longtemps en panne.

Pour ce qui est de la route nationale qui sépare Yokadouma et Moloundou, le maire relève   qu’« entre Moloundou et Salapoumbè, la dernière fois qu’un engin aurait gratté cette route date de plus de 10 ans Infrastructures et routes de l’Est. Entre Yokadouma et Salapoumbè, malgré les travaux d’entretien réalisés de temps en temps, la situation n’est toujours pas bonne comme actuellement à l’entrée de Salapoumbè où les camions se renversent à longueur de journée à cause du mauvais état de cette route nationale ».

Des investissements sans suite

Face à cette situation, le ministère des Travaux publics (MINTP) semble être embarrassé. Ce département ministériel, soutient qu’entre 2018 et 2024, un montant global de 16,364 milliards de F CFA a ,été transféré aux collectivités territoriales décentralisées (CTD) de la région de l’Est.  Dont, 1,273 milliards F Cfa pour le Conseil régional et 15,091 milliards F Cfa pour les 33 Communes.

De manière précise, explique Armand Djodom, Secrétaire d’Etat au MINTP chargé des routes, « dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de décentralisation, la région de l’Est a vu ses dotations budgétaires passées de 1,847 milliards en 2018 à 2,386 milliards F CFa en 2019 pour revenir à 1,847 milliards F Cfa en 2020. Depuis 2020, ces dotations augmentent chaque année, partant de 2,041 milliards F Cfa en 2021 jusqu’atteindre 2,983 milliards F Cfa en 2024.  En plus de ces crédits, 4,305 milliards F Cfa ont été mis à la disposition des sociétés forestières de la région pour l’entretien et la réhabilitation de 875,3km de routes en terre dans les zones d’exploitation ».

Malgré ces investissements, note Armand Djodom, « l’état du réseau routier dans la région de l’Est présente des faiblesses. En effet, au 31 décembre 2023, le réseau routier dont le linéaire est de 13 401.14 km, affichait un taux de 7,87% de route en bon état, un taux de 18,96% de route en moyen état et un taux de 73,17% de route en mauvais état, c’est à dire qui présente au moins un point de rupture ou avec des nids de poule récurrents ou de grande profondeur ».

Un déficit d’infrastructure routière qui selon Bernard Gaétan Bangda, Coordonnateur du Moabi Think Tank, un cercle de réflexion sur les questions de développement de l’Est, est la conséquence de la mauvaise politique d’entretien des routes. « La politique d’entretien et de réhabilitation des routes en terre par les communes a été mal pensée par le gouvernement », analyse cet acteur de la société civile. Il pense que « l’Etat a mis la charrue avant les bœufs en ne se rassurant pas que les CTD avaient acquis le matériel et les équipements nécessaires à la mise en œuvre de cette politique. Pourtant, cela aurait été possible à travers des financements du Feicom. Ce qui aurait évité les engorgements observés dans l’exécution des contrats entre les CTD et le Matgénie, dont le parc automobile s’est toujours avéré incapable de satisfaire la demande des 35 CTD de la région de l’Est ».

Dans la même logique, Gilbert Effa, ingénieur de génie civil, relève que « le coût élevé de location (617.945 TTC par jour pour un bulldozer, (selon le directeur régional du Matgénie de l’Est, ndlr) et de transport des équipements de génie civil constituent un autre goulot d’étranglement à l’entretien routier à l’Est » Infrastructures et routes de l’Est. Pour cet ingénieur, Il faut d’abord renforcer les capacités techniques des CTD en matière d’entretien routier à travers la création des parcs d’engins et la formation des conducteurs dans chaque Commune. Ainsi les 27 millions de F Cfa transférés aux Communes chaque année serviront à l’achat du carburant et à l’entretien et non à la location des engins.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

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Infrastructures

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