Féminicide : le Cameroun renforce le cadre juridique
La 19ᵉ édition de la campagne internationale « 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles » a été lancée le 25 novembre à Yaoundé. Alors que le cyberharcèlement et féminicide prennent de l’ampleur, le gouvernement renforce le cadre juridique et les dispositifs d’accompagnement. Mais, pour les experts et victimes, ces textes seuls ne suffisent pas.
Aline T., ne s’est toujours pas remise de l’exposition de son intimité sur les réseaux sociaux par un petit ami jaloux il y a trois ans. « La peur, l’humiliation et le regard des autres continuent de peser sur ma vie quotidienne ». Fatou, elle, a entrepris des démarches pour dénoncer son harceleur et obtenir soutien et réparation, mais le traumatisme persiste et l’accès à la justice reste difficile. Ces récits illustrent que le cyberharcèlement fait partie des violences que subissent les femmes.
Selon l’expert en droits numériques, Emmanuel Fotso, ce harcèlement numérique est un véritable fléau qui laisse des traces invisibles mais dévastatrices. « Il peut s’agir des menaces, humiliations, diffusion d’images intimes, usurpation d’identité… », énumère l’expert qui ajoute que ces violences isolent, déstabilisent psychologiquement et peuvent parfois déboucher sur des agressions physiques. « Elles prennent de l’ampleur car le numérique se banalise, les contenus se diffusent instantanément et l’impunité demeure élevée. Le manque d’éducation au numérique et l’absence de réponses rapides renforcent la vulnérabilité des femmes », tranche Emmanuel Fotso.
A Yaoundé, le 25 novembre 2025, le Cameroun a officiellement lancé la 19ᵉ édition de la campagne « 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles ». Présidée par la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille ( Minproff), Marie Thérèse Abena Ondoa, la cérémonie a mis en lumière le cyberharcèlement et les violences numériques, ce phénomène en forte expansion. Cette année, le thème retenu, « unis pour mettre fin à la violence numérique à l’égard de toutes les femmes et filles », révèle les dangers d’un espace virtuel devenu souvent hostile.
Pour y répondre, le gouvernement camerounais a multiplié les mesures : adoption de la loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité, la loi sur la protection des enfants en ligne, et la loi sur la protection des données personnelles. Aussi, la Stratégie nationale de lutte contre les Violences basées sur le genre (2022–2026) est en place, tout comme la ligne d’assistance 116, dédiée aux enfants. Par ailleurs, un projet de loi spécifique contre les violences faites aux femmes et aux filles, intégrant la dimension numérique, est en cours d’élaboration.
Mais pour Emmanuel Fotso, « ces mesures sont nécessaires, mais insuffisantes : la loi ne protège que si elle est appliquée, si les victimes osent signaler et si un accompagnement psychologique et social existe. Il faut aussi des campagnes de sensibilisation, l’éducation des jeunes et des sanctions dissuasives pour les auteurs. »
Ces violences numériques s’ajoutent à la réalité tragique des violences physiques. Depuis janvier 2025, d’après Griote 66 femmes ont été tuées au Cameroun, contre 69 en 2024 et 56 en 2023. La campagne 2025, qui se poursuit jusqu’au 10 décembre, vise à mobiliser l’ensemble de la société, protéger les femmes et les filles dans le monde numérique et réel, et transformer la parole en actions concrètes pour réduire ces violences.
Mélanie Ambombo







