Samba Badji : « Le fact-checking s’est définitivement installé comme pratique journalistique »

Dans une interview exclusive accordée à www.datacameroon.comSamba Badji rédacteur en chef du bureau Afrique francophone de Africa Check, dont le siège est à Dakar au Sénégal, fait une incursion dans l’univers du fact-cheching et ses enjeux en Afrique face à l’ampleur de la  manipulation à travers l’Internet et les réseaux sociaux. Malgré la complexité d’accès aux données en Afrique, cet ancien  journaliste  de BBC Afrique pense que le fact-checking est une  pratique salvatrice dans l’environnement médiatique actuel.

Le  fact-checking s’impose davantage dans le paysage  médiatique en Afrique. Concrètement  de  quoi s’agit –il ?

Le fact-checking est effectivement une nouvelle pratique journalistique qui prend de l’ampleur. Si on veut donner une définition, il suffit juste de traduire de l’Anglais au Français et cela donne « Vérification des faits ». Beaucoup résume le fact-checking à la lutte contre ce qu’on appelle communément le fake-news, mais cela va bien au-delà. Le fact-checking c’est outil pour lutter de façon générale contre la désinformation.

Vous êtes journaliste et rédacteur en chef du bureau pour l’Afrique francophone de Africa Check. Qu’est-ce qui a motivé la création de ce projet ?

Africa Check est un projet qui a été lancé dans sa version anglophone en 2012 en Afrique du Sud. La version française existe depuis 2015. On va dire que c’est l’ampleur que prend la manipulation à travers Internet et les réseaux sociaux qui expliquent quelque part l’apparition de cette nouvelle pratique, mais pour Africa Check, son initiateur a surtout été influencé par les rumeurs qui circulaient au Nigeria sur le vaccin contre la polio avec toutes les conséquences que l’on connait. L’initiateur d’Africa Check a travaillé au Nigeria comme journaliste et il a vu les ravages que les rumeurs sur le vaccin contre la polio ont causé et il s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire.

Faut-il croire qu’il est désormais impossible de parler du journalisme, sans évoquer  le  fact-cheking ?

Je ne dirais pas cela. En revanche on peut dire que le fact-checking s’est définitivement installé comme pratique journalistique. Et c’est une pratique salvatrice dans l’environnement médiatique actuel.

Quels sont les enjeux du Fact Checking aujourd’hui en Afrique, surtout quand on sait que l’accès à l’information est un véritable parcours du combattant ? 

Oui  l’accès à l’information, notamment aux sources institutionnelles est un énorme défi. Un autre défi c’est la difficulté de trouver des données fiables ou actualisées. Ce qui fait qu’il est souvent très difficile de vérifier certaines déclarations. Mais on trouve toujours les moyens de contourner cette difficulté en croisant les sources.

Globalement, pensez-vous que  la presse africaine a déjà intégré la nécessité de vérifier  les faits  dans les rédactions ?

A la base la vérification des faits est un travail ordinaire du journaliste. Maintenant pour ce qui est du fact-checking en tant que tel, il faut dire que les médias d’Afrique anglophone sont plus en avance que ceux de la presse d’Afrique francophone.

En dehors de  l’accès à l’information, surtout l’information venant des structures gouvernementales qui est difficile, dans beaucoup de pays d’Afrique, les données ne sont pas régulièrement actualisées. Comment un journaliste peut contourner cet obstacle ?

Je pense qu’on peut toujours trouver les moyens de contourner cet obstacle, même si ce n’est pas facile. On peut toujours parler à différents experts du domaine qui nous intéresse. Il y a aussi pas mal de structures, comme les ONG, qui produisent beaucoup de données, le problème maintenant est qu’elles n’auront pas forcément un caractère officiel, disons institutionnel. Mais si on prend le soin d’avertir le public sur la nature et la qualité des données que l’on utilise cela peut servir à titre d’illustration.

Vous viendrez  au Cameroun former une vague de journaliste au cours de  l’atelier « Fact and DataCamp » initié dans le cadre du  projet d’« accès à l’information en zone anglophone en période de crise » par Adisi-Cameroun, quelle est selon vous,  l’importance d’un tel projet ?

A mon avis l’accès à l’information est un aspect important du journalisme. Et même c’est l’un des meilleurs moyens de lutter contre la désinformation. Donc à mon avis si les journalistes peuvent accéder facilement à l’information dans les zones en crise, sans se mettre en danger, cela peut beaucoup aider. Je pense donc que c’est un projet très important.

Entretien réalisé par M.L.M.