Résurgence d’Ebola : le Cameroun sous haute alerte
Alors qu’une nouvelle flambée de la maladie est signalée en République démocratique du Congo et en Ouganda, les autorités sanitaires camerounaises ont renforcé leur dispositif de surveillance et de riposte.
Au Centre de coordination des opérations d’urgence de santé publique (Ccousp) à Yaoundé, la réunion du 21 mai 2026 n’avait rien d’une simple concertation administrative. Dans les salles de surveillance sanitaire, experts, autorités sanitaires et partenaires internationaux scrutaient avec inquiétude les cartes de propagation d’Ebola en République démocratique du Congo (Rdc) et en Ouganda.
Depuis plusieurs semaines, la maladie à virus Ebola connaît une résurgence dans l’Est de la Rdc, notamment dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), des centaines de cas suspects et plusieurs dizaines de décès ont déjà été enregistrés. Plus préoccupant encore, les experts estiment que le virus aurait circulé silencieusement pendant près de deux mois avant sa détection officielle. Une situation qui inquiète fortement les autorités camerounaises. Car même si le Cameroun ne partage pas directement de frontière avec l’Ituri, épicentre actuel de l’épidémie, le pays reste profondément connecté au Bassin du Congo par les échanges humains, commerciaux et migratoires.
Le danger est d’autant plus redouté qu’Ebola peut rester silencieux jusqu’à 21 jours avant l’apparition des premiers symptômes. Pendant cette période d’incubation, une personne contaminée peut voyager, franchir plusieurs frontières et transmettre le virus sans être détectée. Pour les autorités sanitaires, ce scénario représente aujourd’hui la principale menace. D’autant plus que la souche actuellement en circulation, Bundibugyo, reste particulièrement préoccupante. Contrairement à certaines variantes précédentes, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique validé n’existe encore contre cette souche, selon l’Oms.
Si Yaoundé réagit avec autant de prudence, c’est parce que l’Afrique garde encore les séquelles des précédentes épidémies d’Ebola. Entre 2014 et 2016, l’Afrique de l’Ouest avait connu la pire flambée de l’histoire moderne avec plus de 11 000 morts en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Au-delà des pertes humaines, des économies entières avaient été paralysées : écoles fermées, hôpitaux saturés, marchés désertés et échanges commerciaux fortement ralentis.
Le Cameroun, bien que épargné par des cas confirmés, avait lui aussi vécu sous forte tension sanitaire. À cette période, les autorités avaient instauré des contrôles renforcés dans les aéroports et aux frontières terrestres, préparé des centres d’isolement, mobilisé des équipes médicales spécialisées et lancé des campagnes massives de sensibilisation.
Selon les données du ministère de la Santé publique (Minsanté), le Cameroun n’a enregistré aucun cas confirmé d’Ebola au cours des cinq dernières années. Mais l’absence de cas n’a jamais entraîné un relâchement de la surveillance. Depuis 2021, le pays a été placé à plusieurs reprises en état d’alerte à la suite des flambées enregistrées dans la sous-région. Face au risque actuel, le Cameroun a donc décidé de renforcer son niveau de vigilance. De ce fait, le Ccousp a réactivé plusieurs mécanismes de prévention à savoir la surveillance épidémiologique renforcée, diffusion des définitions de cas dans les hôpitaux, préparation des centres de prise en charge, mobilisation des équipes d’intervention rapide et sensibilisation communautaire. Le numéro vert 1510 reste également activé pour signaler tout cas suspect.
Mélanie Ambombo
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