Prison centrale de Bertoua : déjà 20 détenus admis au Cep depuis 2021

Encadrés depuis six ans par seulement deux enseignants dans une unique salle de classe, les apprenants suivent leur formation dans des conditions difficiles, marquées notamment par le manque de fournitures scolaires.

Après environ deux années passées en détention à la prison centrale de Bertoua, dans la région de l’Est, Paul Mballa, âgé d’environ 18 ans, a retrouvé la liberté en juillet 2026. Durant son séjour en milieu carcéral, le jeune homme a régulièrement suivi les cours dispensés au centre d’alphabétisation fonctionnelle de la prison, qui prépare notamment les détenus candidats au Certificat d’études primaires (CEP).

À l’issue de la session 2026, Paul Mballa a été déclaré admis à cet examen. Une réussite qui prend une dimension particulière pour ce jeune détenu, désormais libéré et qui entend poursuivre sa scolarité. « Avant de quitter la prison, Paul Mballa a indiqué qu’il va poursuivre ses études au secondaire », rapporte son encadreur. Comme lui, Wilfrid Zalang, condamné à sept ans de prison, a également obtenu son CEP au cours de la session 2026. Un autre détenu, présenté comme ayant été incarcéré dans le contexte de la crise postélectorale de l’élection présidentielle d’octobre 2025, figure également parmi les admis. Avec les résultats de cette session, la prison centrale de Bertoua compte désormais 20 détenus admis au CEP entre 2021 et 2026.

Une école dans une seule salle

Les résultats obtenus au CEP montrent ainsi que des détenus peuvent renouer avec les apprentissages malgré leur incarcération. Derrière ces résultats se trouve un dispositif scolaire qui fonctionne avec des moyens limités. Selon Clément Nestor Dongmo, enseignant et animateur socioculturel spécialisé dans les droits de l’Homme et des détenus, le centre d’alphabétisation fonctionnelle accueille chaque année environ 50 apprenants, parmi lesquels des mineurs, des femmes et des adultes. Les cours sont dispensés dans une seule salle affectée à l’enseignement depuis une quinzaine d’années. Deux enseignants assurent l’encadrement, un volontaire de l’Association des amis solidaires pour la prévention des infractions et de la récidive carcérale (ASPIRCA) et un enseignant relevant du ministère de l’Éducation de base. Les besoins sont pourtant importants. Selon les données communiquées par Clément Nestor Dongmo, la prison centrale de Bertoua compte une soixantaine de mineurs, dont deux filles en âge scolaire. Dans ces conditions, l’accès à l’éducation reste confronté à plusieurs difficultés, insuffisance des infrastructures, manque de fournitures scolaires, faible effectif des enseignants et dépendance à l’égard des appuis extérieurs.

La préparation à la réinsertion ne s’arrête toutefois pas aux cours. Plusieurs ateliers professionnels sont proposés aux détenus afin de leur permettre d’acquérir des compétences qu’ils pourront éventuellement valoriser à leur sortie de prison. « De 2021 à 2025, environ 100 détenus sont régulièrement inscrits dans les différents ateliers », explique l’encadreur. Il s’agit entre autres des ateliers de couture et de vannerie qui témoignent de la volonté de préparer les pensionnaires à leur retour dans la société. Mais leur fonctionnement au sein de la Prison centrale de Bertoua demeure fragile du fait des moyens qui restent limités.

Sébastian Chi Elvido, à l’Est

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