Emigration: 6 jeunes sur 10 veulent quitter le Cameroun

Selon une enquête du réseau panafricain Afrobarometer publiée le 17 août 2026, 61% des jeunes camerounais ont déjà songé à quitter le pays. Plus instruits mais plus au chômage que leurs aînés, ils sont portés par la recherche d’emploi et un profond pessimisme sur l’avenir du pays.

Le mal est profond. C’est ce que révèle Afrobarometer, le réseau panafricain et non-partisan de recherche par sondage qui produit des données sur les expériences et appréciations des Africains relatives à la démocratie, à la gouvernance et à la qualité de vie. Dans sa dépêche consacrée au Cameroun publiée le 17 août 2026, le constat est sans appel. Le chômage des jeunes et la hausse du coût de la vie sont cités comme les principaux défis nationaux.

Dans ce contexte de mécontentement économique, 61% des jeunes, soit six sur dix, déclarent avoir au moins songé à émigrer. Résultat d’une enquête menée par ledit réseau entre février et mars 2024. Un chiffre nettement supérieur aux 15 à 18% observés chez les générations plus âgées. Une situation qui, pour l’économiste Dieudonné Essomba, signe l’arrêt de mort du développement : « à partir du moment où vous avez une jeunesse qui s’évapore vers l’émigration, il est impossible de construire un capital humain, parce que le capital humain c’est l’accumulation de l’expertise nationale. »

Plus inquiétant encore, l’envie de partir n’est plus passagère. Selon Afrobarometer un tiers des jeunes, soit 33%, affirme y avoir « beaucoup » réfléchi. L’aspiration à l’ailleurs s’accélère à une vitesse fulgurante. Par rapport à 2018, la part des jeunes qui disent avoir « quelque peu » ou « beaucoup » pensé à quitter le pays a plus que doublé, passant de 21% à 47%. « L’expertise nationale ne peut pas s’accumuler parce que tout le monde s’en va et l’impact est terrifiant », alerte Dieudonné Essomba.

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Capital brisé

Cette hausse traduit une rupture. La plupart des jeunes estiment que le pays prend une mauvaise direction, et l’approbation de l’action gouvernementale s’est effondrée en une décennie. Parmi ceux qui envisagent l’émigration, les motivations économiques écrasent tout le reste. La recherche d’un emploi ou de meilleures opportunités est citée à 49%, contre 38% en 2018, suivie par le désir d’échapper aux difficultés économiques et à la pauvreté à 21%. La recherche d’opportunités d’affaires ne pèse que 7%, et la poursuite des études, qui représentait 12% en 2018, n’est plus qu’à 6%. On ne part plus pour se former et revenir, on part pour travailler et rester.

Une logique que l’économiste ne conteste pas, mais dont il souligne le prix à payer : « Quand les enfants s’empressent pour quitter le pays, c’est dû au chômage. Mais, la cause n’empêche pas les conséquences. » Car pour lui, l’équation est implacable : « Le capital est une composante essentielle de la production. La production est essentiellement la jonction entre le capital humain et le capital technique. Quand vous n’avez plus de capital humain, vous ne pouvez plus réaliser les objectifs de production nécessaires. La conséquence ici c’est qu’on ne construit pas le capital humain et donc nous ne pouvons pas nous développer. »

Désiré Domo

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