DOUALA, LA VILLE QUI COURT PLUS VITE QUE L’ÉTAT

Urbanisation sauvage, mobilité chaotique et promesses en attente… Chaque jour, Douala s’étale un peu plus, déborde de ses frontières administratives, s’étire jusqu’aux confins du West-Kamerun, grignote la Sanaga Maritime, avance sur le Nkam et le Moungo. Une extension qui n’a rien d’un projet structuré. Elle ressemble à une fuite en avant, à une ville qui pousse sans tête ni boussole.

Une urbanisation à l’envers

À Yato, Ndobo, Ndole, Massoumbou, Babenga… Les terres se négocient entre populations locales et « nouveaux venus » à coup de reçus de ventes informelles. Pas de cadastre. Pas de plan directeur. Pas même une rue tracée. Les habitants construisent là où ils peuvent, en espérant qu’un jour viendront le lotissement, la route, l’eau, l’électricité. En attendant, ils vivent au jour le jour. La charrue avant les bœufs. Cette occupation anarchique des sols n’est pas marginale, c’est devenu la norme. Et l’État, souvent absent en amont, arrive en aval, parfois pour démolir, souvent pour promettre. Les mêmes promesses répétées année après année, plan après plan.

La galère du transport quotidien

Le revers de cette urbanisation incontrôlée, c’est la mobilité. À mesure que Douala s’étend, se déplacer devient un véritable cauchemar. Les taxis jaunes, déjà insuffisants, désertent les zones périphériques. Trop loin. Trop de risque. Trop peu rentable. Les populations se rabattent donc sur les motos-taxis. Pratiques, rapides, disponibles. Mais au prix fort : insécurité, accidents, agressions, sur-tarification. On risque sa vie chaque matin pour aller au boulot. La circulation à Douala est une jungle. Embouteillages monstres, absence de transports en commun dignes de ce nom, et une infrastructure qui ne suit pas. Pendant ce temps, le très attendu Projet de Mobilité Urbaine de Douala (PMUD), annoncé à grands renforts de communiqués, se fait attendre.

Des projets qui n’atterrissent pas

On se souvient de la promesse d’un réseau de Bus Rapid Transit (BRT) ou encore de la restructuration des axes principaux. Des études ont été faites, des partenaires identifiés, des financements annoncés. Mais sur le terrain, rien. Pas un seul bus, pas une seule voie dédiée. Comment une ville qui aspire à être une métropole peut-elle fonctionner sans véritable transport urbain structuré ?  La question reste entière. Et pendant ce temps, les populations improvisent : à pied, en moto, ou en « clando ».

Quand le citoyen précède l’État

À Douala, l’initiative citoyenne va plus vite que l’État. Les gens n’attendent plus. Ils achètent, construisent, s’installent. Puis attendent que les services publics suivent. Ce déséquilibre crée une urbanisation sauvage, une précarité généralisée et des inégalités flagrantes entre les quartiers centraux et les périphéries. Et pourtant, rien n’est inéluctable. Le chaos urbain peut être inversé. À condition que l’État cesse d’être spectateur et devienne enfin planificateur. Que la ville soit pensée, organisée, structurée avec ses habitants. Et non pas malgré eux.

Quelle vision ?

Une ville, ce n’est pas seulement des maisons qui poussent. C’est une vision. Des services. Un projet collectif. Tant que Douala s’agrandira sans penser sa mobilité, son avenir restera embouteillé dans ses contradictions. Urbaniser sans plan, c’est construire une bombe sociale à retardement.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE 

N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que les liens hypertextes sont de la rédaction

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