Pauvreté : plus  8,4 millions de Camerounais vivent avec moins de 1800 FCFA par jour en 2025

Malgré une croissance économique toujours positive, les conditions de vie d’une partie importante de la population nationale, continuent de se dégrader. Cette situation intervient alors que les marges de manœuvre budgétaire  de l’Etat restent limitées, selon la Banque mondiale.

 Dans son Baromètre économique de la Cemac, rendu public en août 2026, le Groupe de la Banque mondiale estime que la croissance de l’économie camerounaise reste résiliente. Pourtant avec un taux de croissance du PIB de 3,5 % en 2025, contre 3,6 % en 2021, les progrès en matière de réduction de la pauvreté restent insuffisants. Entre 2021 et 2025, le nombre de personnes vivant avec moins de 3 dollars américains (environ 1 800 F Cfa) par jour au Cameroun est passé de 7,1 en 2021 à plus de 8,4 millions 2025, soit une hausse d’environ 18,3 % en cinq ans.

Selon la Banque mondiale, cette progression s’explique notamment par: « la faible croissance économique, l’inflation persistante, la faible création d’emplois et les chocs récurrents », qui ont compromis les progrès réalisés dans la réduction de la pauvreté. Pour Daniel Banen, économiste, le problème ne tient pas seulement au niveau de la croissance du PIB, mais aussi à sa capacité à se traduire par des revenus des ménages. Pour lui, une croissance comprise entre 3 et 4 % du PIB peut en effet rester insuffisante lorsque la population augmente chaque année. « Vivre avec moins de 1 800 F Cfa par jour ne signifie pas seulement avoir un faible revenu. Cela peut également signifier renoncer aux soins de santé, réduire la quantité ou la qualité de l’alimentation, retirer un enfant de l’école ou vivre dans des conditions de logement précaires », analyse  Daniel Banen.


Bien que le budget de l’État camerounais pour l’exercice 2026 accorde une place importante à la croissance inclusive, à travers des mesures visant à réduire la pauvreté et les inégalités, les marges de manœuvre budgétaires restent malheureusement limitées. A titre d’exemple, le gouvernement prévoit d’affecter 50 milliards de F Cfa à un fonds spécial destiné à l’autonomisation économique des femmes et à la promotion de l’emploi des jeunes. Mais, selon la Banque Mondiale, « l’augmentation du service de la dette réduit la marge de manœuvre budgétaire disponible pour les programmes de réduction de la pauvreté et, plus généralement, les dépenses sociales, ce qui peut ralentir les progrès vers l’amélioration des niveaux de vie et le développement humain. »

Selon Martin Moukan, sociologue, la réduction des marges de manœuvre budgétaires en 2026 pourrait ralentir les progrès en matière d’amélioration des conditions de vie et de développement humain. Pour lui, la lutte contre la pauvreté ne peut toutefois se limiter aux politiques budgétaires. « Elle doit aussi s’attaquer à l’érosion du pouvoir d’achat. Les politiques publiques doivent agir sur les coûts de production, les circuits de distribution et la dépendance aux importations, notamment pour les produits alimentaires », préconise-t-il.

 Hyacinthe TEINTANGUE

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