LES BÉNIS OUI-BUZZ : CES KAMERUNAIS QUI FABRIQUENT LEURS PROPRES HUMILIATIONS

On ne peut pas reprocher à quelqu’un de répondre à une gifle qu’on est allé lui administrer. Depuis plusieurs mois, les directs du créateur de contenus sénégalais YELAOFF sont devenus le théâtre d’une étrange comédie. Des Kamerunais s’y invitent pour provoquer, insultent, reviennent à la charge, puis crient au scandale lorsque l’hôte réplique en égratignant le Kamerun et ses dirigeants. Plus grave encore, certains y retournent chaque jour, non pour débattre, mais pour obtenir une nouvelle salve d’insultes. Comme si l’humiliation nationale était devenue un divertissement.

UNE PROVOCATION DEVENUE FONDS DE COMMERCE

L’histoire est pourtant simple. Un Kamerunais s’invite dans un direct de YELAOFF pour le provoquer. Le Sénégalais répond avec la même vigueur et passe ensuite à autre chose, suivant son actualité sportive et les performances des Lions de la Teranga. L’affaire aurait dû s’arrêter là. Mais non. Les mêmes provocateurs reviennent. Ils relancent les hostilités, cherchent la petite phrase, excitent les passions et offrent au créateur de contenus une nouvelle occasion de tirer à boulets rouges sur le Kamerun.

QUI ALIMENTE DONC RÉELLEMENT CETTE POLÉMIQUE ?

Les pyromanes qui jouent les pompiers

Le plus consternant n’est pas la réaction de YELAOFF. Chacun est libre de répondre à ceux qui viennent troubler son espace numérique.

Le scandale réside ailleurs

Il est dans cette catégorie de Kamerunais qui allument l’incendie avant d’accuser les flammes. Ils provoquent, enregistrent les réponses, les repartagent partout, puis s’indignent de voir leur pays tourné en dérision. Ils ressemblent à cet homme qui casse lui-même les vitres de sa maison avant d’accuser le vent d’y faire entrer la poussière.

LE COURAGE EN WI-FI, LE SILENCE DANS LA VRAIE VIE

Ces héros des réseaux sociaux impressionnent par leur témérité… derrière un écran. Ils trouvent le courage d’aller provoquer un influenceur étranger, mais peinent souvent à exprimer, avec la même constance et le même sens des responsabilités, leurs préoccupations sur les sujets qui touchent directement leur quotidien. Le téléphone est devenu leur champ de bataille. Le pseudonyme, leur uniforme. L’invective, leur programme politique. Pendant ce temps, les vrais problèmes continuent de s’accumuler. Le patriotisme ne consiste pas à collectionner les humiliations Il existe une différence entre défendre son pays et lui tendre un piège.

Chaque direct alimenté par ces provocations devient une tribune où les faiblesses du Kamerun sont exhibées devant des milliers de spectateurs. Chaque commentaire agressif produit une nouvelle séquence virale. Chaque partage transforme une polémique en feuilleton. Les algorithmes adorent les conflits. Ils récompensent les colères, les outrances et les affrontements. Pendant que certains engrangent des vues, d’autres offrent gratuitement leur dignité en spectacle. Et l’on s’étonne ensuite que les réseaux sociaux soient devenus le tribunal permanent du Kamerun.

Le vrai adversaire, c’est notre immaturité numérique. Le problème n’est pas YELAOFF. Demain, ce sera un autre créateur de contenus, puis un autre encore. Le véritable adversaire est notre incapacité à comprendre le fonctionnement des réseaux sociaux. Nous croyons combattre quelqu’un alors que nous augmentons sa visibilité. Nous pensons le faire taire alors que nous finançons son audience. Nous voulons défendre notre pays, mais nous devenons les principaux diffuseurs des contenus qui le ridiculisent. Quelle étrange conception du patriotisme !

GRANDIR AUSSI SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

Un peuple se respecte d’abord lui-même. Il choisit ses combats, maîtrise ses émotions et refuse de servir de carburant aux marchands du buzz. À force de courir derrière chaque provocation, nous oublions que le silence est parfois une victoire et que l’indifférence peut être une arme redoutable. Les réseaux sociaux ne sont pas une arène où il faut répondre à tout. Ils sont aussi un espace où l’intelligence consiste à savoir quand se taire. Car un pays ne s’humilie jamais autant que lorsque certains de ses propres enfants deviennent les metteurs en scène de son discrédit.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE 

N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que le lien hypertexte est de la rédaction

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