Pénurie de gaz domestique :  décidément, rien ne va plus au Cameroun

Le départ du Hilli Episeyo, les difficultés d’approvisionnement et la dépendance croissante aux importations mettent en lumière les fragilités du secteur pétrolier et gazier camerounais. Pour le Dr Bareja Youmssi, cette situation était prévisible et révèle surtout les insuffisances de l’anticipation dans un secteur stratégique.

Après avoir perdu quatre procès à l’international, qui pourraient coûter près de 500 milliards de FCFA au pays, c’est au tour des ménages de se retrouver confrontés à une crise soudaine d’approvisionnement en gaz domestique.

Comment comprendre qu’un pays qui dispose, géologiquement, d’un potentiel pétrolier et gazier non négligeable se retrouve en difficulté pour approvisionner ses ménages en gaz, au même rang que des pays comme la République Centrafricaine et d’autres qui ne sont ni producteurs de pétrole ni de gaz ?

Récemment, dans l’une de mes tribunes, je parlais du secteur pétrolier camerounais et du rôle trouble de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Hélas, nous voici en plein dans les conséquences de ce que je considère comme une gestion préoccupante d’un secteur aussi stratégique que celui du pétrole et du gaz.

Depuis quelques jours, les ménages sont sous pression. Il n’est plus possible d’acheter une bouteille de 12,5 kg de gaz domestique quand on le souhaite. Il faut être chanceux pour en trouver une, et à quel prix ? La spéculation est déjà au rendez-vous : la bouteille se vend à 10 000 FCFA au lieu de 6 500 FCFA, prix homologué, lorsqu’on a la chance d’en trouver une.

À qui la faute ?

Les causes de la crise

La pénurie actuelle de gaz domestique serait principalement liée à l’arrêt de la production locale du navire-usine Hilli Episeyo et aux difficultés financières rencontrées par un important distributeur.

Le départ du navire Hilli Episeyo

Ce bateau assurait près d’un tiers de la production nationale de gaz, soit environ 30 000 tonnes par an. Il a quitté le pays en juillet 2026, après l’épuisement du gisement de gaz naturel exploité depuis huit ans. Le Cameroun dépend désormais davantage des importations pour couvrir ses besoins.

La baisse de la production locale historique.

Depuis l’incendie de la SONARA en 2019, la production nationale ne couvrirait plus qu’une partie des besoins, ce qui rend le pays particulièrement vulnérable aux chocs extérieurs.

La crise du distributeur SCTM.

La Société camerounaise de transformation métallique (SCTM), qui représenterait environ 38 % du marché local, est devenue beaucoup moins présente dans les points de vente depuis juin 2026. Cette situation serait notamment liée à une dette importante envers la Société camerounaise des dépôts pétroliers SCDP.

Les tensions sur la chaîne d’importation.

Le recours accru aux importations ralentit l’approvisionnement régulier du marché. Il en résulte des files d’attente importantes et une hausse des prix sur le marché informel.

Mais au-delà de ces facteurs immédiats, une question plus profonde se pose : celle de la capacité de l’État et de la SNH à anticiper les évolutions d’un secteur aussi stratégique.

Une crise pourtant annoncée

C’est là que le constat devient préoccupant : rien, dans cette succession d’événements, ne relève totalement de l’imprévisible.

La durée d’exploitation d’un gisement gazier se calcule plusieurs années à l’avance. Le départ du Hilli Episeyo n’est donc pas tombé du ciel un matin de juillet.

Qu’un tel volume — près d’un tiers de la consommation nationale — ait pu reposer aussi longtemps sur une seule unité flottante, sans véritable plan de relais de production locale ni stock tampon suffisant, interroge directement sur la capacité de planification de la SNH et des autorités en charge du secteur.

Quel avenir pour le secteur ?

L’avenir apparaît préoccupant si aucune réponse structurelle n’est apportée.

Que personne ne se trompe : les gisements conjoints de Yoyo et Yolanda ne permettront pas de résoudre immédiatement la situation. Il faudra plusieurs années de travaux avant leur éventuelle mise en production.

De même, les nouveaux contrats signés avec Murphy et Octavia sur cinq blocs ne permettront pas de répondre aux besoins actuels. Ces projets sont encore au stade de l’exploration. Rien ne garantit, à ce stade, que des gisements économiquement rentables y seront découverts. Et même dans l’hypothèse d’une découverte commerciale, plusieurs années seraient encore nécessaires avant une éventuelle mise en production.

Entre-temps, les champs pétroliers actuellement en exploitation poursuivront leur déclin naturel. Certains pourraient atteindre leurs limites de production dans les prochaines années.

Voilà ce qui arrive à un pays qui, depuis longtemps, n’écoute pas suffisamment ses experts.

La SNH aurait progressivement délaissé l’amont pétrolier pour se concentrer davantage sur l’aval. Or, sans investissements soutenus dans la recherche, l’exploration et le développement de nouveaux gisements, le pays s’expose mécaniquement à une baisse de sa production nationale.

Faire du commerce et importer des produits pétroliers peut sembler plus simple que financer l’exploration et développer de nouveaux champs. Mais sans renouvellement de l’amont pétrolier et gazier, le pays court droit vers une dépendance accrue aux importations.

Et aujourd’hui, nous en voyons déjà les premiers symptômes avec la crise du gaz domestique.

Un décryptage de Dr Bareja Youmssi, expert en mines et pétrole ; enseignant-chercheur

N.B: texte de l’auteur, titraille et liens hypertextes ajoutés par la rédaction

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