Agriculture : chute des prix du maïs, des producteurs aux abois à l’Ouest

Le seau de 15l de cette céréale qui se négociait à 5 000 Fcfa l’an dernier, s’effondre aujourd’hui à moins de 2 000 Fcfa. Entre l’envolée du prix des engrais et la concurrence des importations massives, les producteurs de l’Ouest sont pris en étau.

07h 25, au lieu-dit « Marché B » de Bafoussam le mercredi 22 avril 2026. Une légère brume est encore présente, que les lieux bourdonnent déjà dans cette localité du département de la Mifi à l’Ouest. Jeanne T., le visage serré, décharge avec peine de sa tête un demi sac de maïs. À ses côtés, ses deux fils, l’air harassé, l’aident en silence. Dans ce marché, chaque geste compte, chaque kilo pèse. L’échange s’engage avec Christine, une acheteuse installée en bordure de chaussée. La question de Jeanne est directe, presque anxieuse : « À combien revient le seau de 15l ? » La réponse tombe comme un couperet : « 1 800 Fcfa le seau. »

Un silence pesant s’installe. Jeanne baisse les yeux sur sa marchandise. Ses mains, durcies par le travail de la terre, se crispent sur le rebord d’un seau. Le calcul est rapide, brutal. « Avec les cinq seaux, il n’est pas possible pour moi de rentrer avec 10 000 Fcfa », murmure-t-elle. Le regret se transforme vite en amertume lorsqu’elle évoque l’avenir de sa plantation : « Pourtant, l’engrais est plus cher que le maïs. Où vais-je trouver l’argent pour acheter ne serait-ce qu’un cinquième de sac pour le reste de ma récolte ? »

 La chute brutale des revenus

Contrainte par l’urgence du quotidien, Jeanne cède finalement ses 75 litres de maïs pour la modique somme de 9 000 Fcfa. Christine lui tend un billet de 10 000 Fcfa. D’un regard hésitant, Jeanne fouille timidement sa bourse bleue marine, dissimulée sous son pagne. Sa main ressort avec un billet de 1 000 Fcfa qu’elle remet en guise de monnaie. En tendant ce billet, ce sont aussi ses derniers espoirs de profit qui s’envolent.

En reprenant le chemin du retour, elle se remémore l’année dernière. À la même période, ce même stock lui aurait rapporté entre 25 000 et 30 000 Fcfa. En un an, son revenu a été divisé par trois, alors que le sac d’engrais chimique culmine désormais à 21 000 Fcfa

Le paradoxe des importations

Cette mévente brutale s’explique, selon David Njikam, producteur de cette céréale dans le Noun, par la reprise des importations massives par les éleveurs. « C’est regrettable quand on sait que le gouvernement avait proscrit les importations de maïs pour permettre aux maïsiculteurs de vivre de leur travail », déplore-t-il.


Pourtant, en 2025, le prix du seau s’était stabilisé à 5 000 Fcfa,  une hausse alors liée à une offre intérieure inférieure à la demande, comme le confirme Jean-Marie Cheuteu, délégué départemental de l’Agriculture et du développement rural de la Menoua. Mais face à l’envolée des prix du maïs, ingrédient clé pour les la volaille, et son impact sur le coût des œufs, les autorités camerounaises ont décidé d’importer 30 000 tonnes pour un coût total de 7,5 milliards de Fcfa.

Le déficit national reste structurel : la production annuelle est estimée à 2,3 millions de tonnes pour des besoins évalués à 2,8 millions, soit un gap de 500 000 tonnes. Si le gouvernement affiche l’ambition de réduire les importations de céréales de 35 % d’ici 2028, selon Martin Kougouong, agroéconomiste, « la réalité du terrain », elle, « rattrape cruellement des producteurs locaux, pris en étau entre la cherté des intrants et l’effondrement des prix de vente ». Pour ce spécialiste, « l’enjeu est désormais de rompre le cercle vicieux de la dépendance : seul un soutien consistant aux producteurs locaux permettra de combler le déficit, tout en garantissant aux paysans une rémunération juste, à l’abri de la volatilité des cours mondiaux ».

Aurélien Kanouo Kouénéyé

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.