Infrastructures scolaires : Le budget plonge, les besoins explosent

Les transferts du ministère des Enseignements secondaires aux régions pour les infrastructures scolaires chutent de près de 90 % en 2026, alors que le Cameroun peine toujours à réduire la surcharge des classes dans le secondaire.

En 2025, le ministère des Enseignements secondaires (Minesec) a transféré 6,35 milliards de F Cfa aux régions pour renforcer les infrastructures scolaires. Un effort salué par la ministre Nalova Lyonga, qui reconnaît toutefois que « beaucoup reste à faire ». Mais la loi de finances 2026 prévoit seulement 650 millions de F Cfa pour les mêmes transferts, soit une chute de près de 90 %, au moment même où les besoins demeurent criants.

A en croire Jean-Claude Tchinda, sociologue et spécialiste des politiques éducatives, « cette chute des transferts est préoccupante. Avec 650 millions F Cfa, les régions ne pourront financer que quelques dizaines de salles de classe, insuffisant face à l’ampleur des besoins. Le risque, c’est la rupture des projets structurants lancés en 2025 ».

En 2025, les chiffres officiels montrent que 213 nouvelles salles de classe ou réhabilitées ont été livrées : 37 blocs de 2 salles, 14 blocs de 3 salles avec bureaux, 6 blocs pédagogiques R+1, 49 salles réhabilitées, 3 laboratoires et ateliers, et l’aménagement de quatre établissements. « C’est un effort réel, mais marginal », commente Caroline Mbarga, économiste. Elle poursuit : « la moyenne nationale est de 61 élèves par salle. Même avec ces nouvelles infrastructures, l’impact sur la surcharge reste limité, surtout dans les zones urbaines et semi-urbaines où la croissance scolaire est forte. »

Les fonds ont été prioritairement dirigés vers les régions en crise : Nord-Ouest, Sud-Ouest et Extrême-Nord. « Cette logique répond aux besoins urgents liés aux crises sécuritaires. Mais les ressources prévues en 2026 ne permettront pas de maintenir ce rythme. Les disparités régionales pourraient donc s’aggraver », explique Samuel Ngalle, expert en gouvernance locale.

Pour Alice Essama, professeur en économie de l’éducation, « on peut annoncer 6,35 milliards F Cfa, mais sans planification pluriannuelle, suivi des travaux et entretien des infrastructures, l’effet sur le système scolaire reste limité. La baisse de près de 90 % en 2026 est un signal inquiétant. » Elle renchérit : « l’objectif de ramener le ratio à 60 élèves par salle devient irréaliste. Les besoins ne sont pas seulement financiers : ils sont aussi logistiques et humains. »

L’investissement de 2025 a permis de réparer des urgences et d’améliorer marginalement l’accueil scolaire, mais il reste insuffisant structurellement. La dotation symbolique de 2026 pourrait fragiliser les acquis et ralentir la réponse aux crises sécuritaires et démographiques.

Mélanie Ambombo

 

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.