Douala : La crise post-électorale plombe les fêtes de fin d’année
À quelques jours des fêtes de fin d’année, les commerçants du marché central de Douala, principal centre commercial, subissent des ruptures de stock, qu’ils attribuent à la crise post-électorale.
Il est 10 heures ce mardi 16 décembre 2025, au marché central de Douala. Des allées sont calmes pour une veille de fêtes de fin d’année. Devant sa boutique, Amina, une vendeuse de tissus, classe des piles de pagnes. « Avant, à cette période, je n’avais même pas le temps de m’asseoir parce que je devais servir mes clients, mais cette année, je passe plutôt ce temps à expliquer pourquoi je n’ai pas de nouveaux pagnes », déplore cette commerçante.
Amina s’approvisionne habituellement au Nigeria. « Mais depuis la crise post-électorale avec les tensions dans certaines régions du pays, les déplacements sont compliqués sur le corridor Douala-Ndjamena qui passe par le Nord Cameroun », précise Amina.
À quelques mètres de là, dans une allée dédiée aux vêtements des enfants et aux articles de fête, l’ambiance est la même. « Je travaille avec des grossistes au Nigeria depuis plus de dix ans. Avec ce qui se passe dans la région du Grand Nord depuis la Présidentielle d’octobre 2025, les routes ne sont plus sûres. Nous avons toujours des difficultés à faire entrer nos marchandises », explique Ahmed T, un autre commerçant.
Une situation qui entraine une chute des ventes. « A cette période les années précédentes, je pouvais réaliser en moyenne une recette journalière de 800 milles F Cfa. Mais actuellement, il est difficile d’avoir ne serait-ce que la moitié », déplore Ahmed.
Face à cette rareté, les consommateurs peinent à s’approvisionner. « On est face à des choix limités et les prix ont grimpé parce qu’il n’y a plus de stock. On parle de crise électorale. Mais, au bout de la chaîne, ce sont des petits consommateurs qui en payent le prix. », dénonce Esther Kamole.
Toutefois, des blocages logistiques ne sont pas la seule explication à cette pénurie de marchandises. A en croire plusieurs commerçants de ce principal espace marchant de la capitale économique, la psychose de la crise postélectorale a dissuadé un bon nombre d’entre eux, qui avaient peur de rester avec des stocks invendus. « La crise a surtout nourri la peur de se retrouver avec des stocks invendus si la situation politique venait à s’envenimer. Je me suis demandé : et si je commande une marchandise de près de deux millions F Cfa et que la crise persiste ? Si les gens ne viennent plus à Douala comme avant faire des achats, qui va acheter ces marchandises » s’interroge Rosine Kenfack, une vendeuse de sac.
A en croire Daniel Banem, économiste joint par téléphone, cette attitude adoptée par des commerçants est compréhensible. Pour lui, après une crise électorale, l’incertitude est très forte. « Comme tout le monde a peur de perdre de l’argent, il est normal que l’incertitude économique ou politique pousse les petits commerçants à limiter leurs risques. Ils réduisent leurs commandes par peur de rester avec des stocks invendus si la situation se détériore », analyse Daniel Banem.
Hyacinthe TEINTANGUE







