Changements climatiques : le Cameroun investit 406 milliards F Cfa en 2026
Inondations à répétition dans le Centre et le Littoral, sécheresse dans l’Extrême Nord, forêts qui disparaissent dans le Sud, l’Etat prévoit un gros investissement pour faire face à cette crise climatique. Sur le terrain, populations et experts attendent des solutions concrètes et durables.
Nkolbisson, dans l’arrondissement de Yaoundé VIIe, les habitants vivent avec la peur de la prochaine pluie. « Dès que les nuages s’annoncent, on ne dort plus », raconte Jeanne, commerçante. « L’eau envahit les maisons, emporte les marchandises et bloque les routes », regrette cette commerçante. À l’autre bout du pays, à Maroua, les agriculteurs scrutent le ciel. « La saison des pluies est devenue imprévisible. Nous semons sans savoir si la pluie va continuer », confie Abdoulaye, producteur de sorgho.
Des inondations au Centre et au Littoral, sécheresses dans l’Extrême-Nord, glissements de terrain dans l’Ouest, recul des forêts dans le Sud, le Cameroun est aujourd’hui l’un des pays les plus exposés aux effets du changement climatique en Afrique centrale, selon les projections météorologiques, la hausse des températures pourrait dépasser 1,5°C avant 2035, aggravant la pression sur l’agriculture, l’eau et l’énergie.
Face à cette urgence, l’État camerounais annonce une enveloppe de 406,2 milliards de F Cfa en 2026 pour financer la lutte contre les changements climatiques. Un effort budgétaire destiné à soutenir les énergies renouvelables, la protection des forêts, l’agriculture durable et la prévention des catastrophes naturelles.
Pour le climatologue Emmanuel Kemegne, « cette enveloppe montre que le pays commence à prendre la mesure de la gravité de la situation. Mais l’argent ne réglera pas tout si les projets ne sont pas bien ciblés ».
Sur le terrain, les populations attendent surtout des solutions visibles. « Nous ne voulons plus reconstruire chaque année », lance Moussa, habitant du quartier Mbankolo à Yaoundé. Même inquiétude dans l’Extrême-Nord, où des milliers de familles ont perdu leurs champs à cause des inondations du Logone. « Ce qu’il nous faut, ce sont des digues solides et des semences adaptées à la sécheresse », explique Aïssatou, agricultrice à Yagoua.
Pour les spécialistes de l’environnement, la clé sera la bonne gestion de ces milliards. « Il faut que l’argent arrive jusqu’aux communes, que les chefs traditionnels soient impliqués et que les projets soient suivis », insiste un responsable d’une Organisation internationale qui a requis l’anonymat.
Les urbanistes, eux, alertent sur l’urgence de mieux organiser les villes. « Tant qu’on continuera à construire dans les zones inondables et à bétonner les marécages, les dégâts continueront », prévient sous anonymat, un enseignant de l’Université de Dschang.
Mélanie Ambombo







