Crise post-électorale : Les ménages en mode débrouille au Cameroun
« Crise post-électorale » (4/6) : Face aux tensions post-électorales et aux appels à la ville morte, la peur s’installe dans les marchés. Entre inflation, pénuries et débrouillardise, les ménages rivalisent d’ingéniosité pour se nourrir et tenir dans une atmosphère d’incertitude.
Au marché Casablanca de Bafoussam, Jeanne tourne sur place, sac en main. Elle cherche un partenaire pour acheter un cageot de tomates à partager malgré la baisse des prix, de plus de 10 000 à 6 000 F Cfa. « Je cherche quelqu’un avec qui prendre un cageot », sollicite-t-elle. Carole Melon une autre ménagère, vient à sa rescousse. Ensemble, elles paient 6 000 F Cfa à un grossiste avant de partager le contenu sur un étal de fortune, fruit après fruit. « Cette quantité va me permettre de tenir pendant quelques jours », relève Carole.
À quelques mètres de là, Aline s’approvisionne en poisson frais. « Je ne sais pas quand cette crise va finir. Avec ce confinement imposé, il faut au moins avoir de quoi manger, surtout avec les enfants », confie cette mère de plusieurs enfants. Dans les quartiers, les ménages se sont aussi organisés pour surmonter la vie chère. « La solidarité est devenue notre manière de tenir face à ces perturbations. J’ai échangé du bois contre du plantain chez ma voisine afin de remplacer le couscous de maïs, devenu notre principal menu depuis le début des manifestations », avoue Aline.
Une alternative selon le sociologue Samuel Tchoua, qui note que « les ménages se replient sur des solutions locales, comme le troc, pour compenser l’arrêt du commerce classique ». A en croire l’économiste Edmond Kuate, ces pratiques informelles traduisent déjà l’impact de la paralysie du transport. « L’impossibilité de déplacer les biens, crée des tensions en matière de production et de distribution. »
Le gaz, une denrée rare
La crise touche aussi le gaz domestique à l’Ouest. Les dépôts ferment ou limitent leurs ventes. « J’ai dû rouler pendant des heures pour trouver une bouteille », raconte Jean-Claude, résident de Bafoussam. Les vendeurs rationnent les clients au prix homologué de 6 500 F Cfa, mais certains spéculent jusqu’à 10 000 F Cfa. « Il est impossible de trouver du gaz à Dschang. Ici, j’ai dû négocier une bouteille presque au double du prix », déplore Patrick M., un étudiant. A en croire Edmond Kuate, « l’immobilisation logistique sur des produits stratégiques comme le gaz provoque un renchérissement artificiel des prix et accentue l’inflation conjoncturelle ».
La situation n’est pas différente dans d’autres régions du pays. À Ngaoundéré, les transporteurs de bétail bloqués sur les axes du Sud, alertent sur des pertes massives. Dans le Nord, les marchés de Maroua tournent au ralenti. « Toutes les régions du Cameroun sont interdépendantes. Quand certains circuits s’arrêtent, les pénuries apparaissent et les ménages subissent de plein fouet la hausse des prix », résume Edmond Kuate.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







