Crise postélectorale : Un mois après, les gagne-petits comptent leurs pertes

« Il me restait 28 000 F Cfa au lieu de 35 000 F Cfa », raconte Mado, 27 ans, ménagère à Yaoundé.  Les quatre jours d’absence pendant les tensions post-électorales ont entraîné sans discussion, la diminution de son salaire. « Mon salaire est déjà petit. On m’a enlevé 7 000 F Cfa.  Je ne sais pas comment payer le gaz et le transport ce mois », poursuit la jeune dame qui assure d’ailleurs que son employeuse lui a assuré « comprendre » mais la déduction est quand-même passée.

À Biyem-Assi, Roland, agent de sécurité, a vu apparaître une ligne rouge sur sa fiche : 8 500 F Cfa en moins. Bloqué plusieurs fois par les barrages, il n’a pas pu rejoindre son poste à temps. « Je gagne 65 000 F Cfa. Quand on retire 8 500 F Cfa, il faut choisir : soit le loyer, soit la nourriture.»

Au marché du Mfoundi, Aline, rayonnisme dans un supermarché, travaille sous un système de pointage électronique strict. Sept jours de blocage ont coûté plus de 15 000 F Cfa « Ici, un retard de dix minutes coûte déjà. Alors sept jours… Je termine avec 70 000 F Cfa au lieu de 85 000 F Cfa. Comment vivre avec presque 20 000 F Cfa en moins ? »

Mais les travailleurs informels paient un tribut encore plus lourd. Jonas, gérant d’un petit point Mobile Money, manipulait quotidiennement de modestes flux financiers. Les manifestations postélectorales l’ont empêché de reverser ses transactions à temps. Résultat : fournisseur suspendu, capital envolé. « Je n’avais que 90 000 F cfa de fonds de roulement. J’en ai perdu près de la moitié. C’est comme repartir à zéro. »

Dans un pays où 86,6 % de la main-d’œuvre évolue dans l’informel, selon l’Institut National de la Statistique (Ins) les perturbations ont touché ceux qui vivent au jour le jour : vendeuses de rue, moto-taximen, petits services domestiques, commerçants. « Quelques jours d’arrêt suffisent à effacer tout un mois de revenu pour ces travailleurs précaires », analyse l’économiste Armand Zoa. Il ajoute d’ailleurs que la moindre coupure d’activité se transforme en dette, en rationnement et en renoncement.

Les rues ont retrouvé leur calme. Les comptes bancaires, eux, n’ont pas récupéré. Pour Mado, Roland, Aline et des milliers d’autres, cette crise ne se mesure ni en discours ni en statistiques, mais en montants amputés et en fins de mois rétrécies.

Mélanie Ambombo

Cet article a été produit dans le cadre du projet Partenariat pour l’intégrité de l’information.

Mots – clés :

Crise postélectorale

Economie

 

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