Extrême-Nord: plus de 12 000 déplacés internes abrités sur des sites non officiels

Dans la région de l’Extrême-Nord, les attaques répétées de Boko Haram continuent de détruire les infrastructures et de forcer les populations à fuir. À Madouli et Korre, les acteurs humanitaires dénombrent provisoirement plus de 12 000 déplacés internes, installés sur des terrains non officiels par l’État. 

Le 23 août 2026, environ 500 militants de Boko Haram ont attaqué de nuit le village de Tourou, dans l’Extrême-Nord, près de la frontière nigériane. L’incursion a entraîné la destruction d’une école publique, d’un poste militaire, d’un poste de police et d’infrastructures de télécommunication. Selon GeoBit AI, un système d’information spécialisé dans la sécurité et la défense, il s’agit de « l’une des plus grandes opérations d’insurgés coordonnées rapportées ce mois-ci dans la région ». Ces informations figurent dans sa note d’information  d’octobre 2026.

Au-delà des dégâts matériels, cette attaque illustre selon Armand Moukam, sociologue, la vulnérabilité persistante de certaines localités de l’Extrême-Nord face aux incursions des groupes armés. « La destruction d’une école prive les enfants d’un espace d’apprentissage, tandis que les dommages causés aux installations de télécommunication peuvent compliquer les alertes, la coordination des secours et la circulation de l’information », souligne-t-il. La situation ne se résume toutefois pas à cet épisode. Depuis le début de l’année 2026, selon les informations humanitaires évoquées par les acteurs locaux, les déplacements de populations et les conséquences des violences continuent de préoccuper les acteurs qui interviennent dans cette région.

Des milliers de personnes déplacées dans des conditions préoccupantes

Le 24 octobre 2026, une délégation d’organisations de la société civile engagées dans l’action humanitaire s’est rendue auprès de personnes déplacées à Madouli et à Korre, dans la région de l’Extrême-Nord. À cette occasion, Mohamadou Bachirou Salé, imam, défenseur des droits humains, président du Cercle des éducateurs du quartier réunis (CESOQUAR) et représentant d’un groupe d’organisations humanitaires de la région de l’Extrême-Nord, a fait état d’une situation particulièrement préoccupante. « Pour l’instant, nous estimons à près de 4 000 le nombre de personnes déplacées à Madouli et à près de 8 000 à Korré. Nous attendons toutefois les chiffres exacts de nos équipes, qui recensent actuellement les ménages avec l’appui des autorités traditionnelles et de leurs points focaux, les Blamas », explique-t-il. Selon lui, les sites où ces personnes se sont installées n’ont pas été officiellement attribués par les autorités administratives. Il précise également que, parmi les déplacés internes venus de Waza, les femmes et les enfants sont les plus nombreux.


Selon Denis Ze, consultant et chercheur en question humanitaire, le fait que les déplacés occupent des terrains qui n’ont pas été officiellement aménagés ne doit pas les priver de protection. « Les autorités doivent évaluer rapidement les conditions de sécurité, d’accès à l’eau, d’assainissement et de logement sur ces sites. Lorsque les conditions le permettent, leur aménagement doit être organisé en concertation avec les communautés d’accueil. Si un site présente des risques majeurs, le déplacement des occupants doit être préparé, sécurisé et réalisé avec leur participation, sans transfert forcé vers un autre lieu dangereux », préconise -t-il.

Hyacinthe TEINTANGUE

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