Féminicides : plus de 200 femmes tuées en trois ans au Cameroun

Alors que près de 30 femmes ont déjà été tuées au premier trimestre 2026 selon des données non officielles, le Cameroun fait face à une progression inquiétante de ce phénomène.

Le meurtre du Dr Armelle Assoguena Fouda, médecin anesthésiste à l’Hôpital de district d’Obala, retrouvée morte le 18 mars 2026 par ses enfants, a ravivé l’émoi dans l’opinion publique. Ce drame, dont les auteurs présumés ont été interpellés par la gendarmerie, relance une question de plus en plus pressante : jusqu’à quand cette spirale de violences meurtrières contre les femmes ?

Selon les dernières données du ministère de la Promotion de la femme et de la famille (Minproff), 77 cas de féminicides ont officiellement été déclarés au Cameroun en 2025. A ceux-ci, s’ajoutent les 67 cas répertoriés en 2024, soit 10 de plus que les chiffres officiels de 2023 pour un total de 201 femmes tuées en l’espace de trois ans (2023-2025). À ces chiffres s’ajoutent déjà près de 30 cas recensés au premier trimestre 2026, selon le Forum national sur la lutte contre les féminicides. Si cette tendance se maintient, l’année 2026 pourrait dépasser les précédents records.

Des crimes majoritairement conjugaux

Dans la majorité des cas, les auteurs sont connus des victimes. De ce fait, ces féminicides prennent souvent la forme de crimes conjugaux ou passionnels, commis par des époux, ex-partenaires ou compagnons. Pour le sociologue Pr Claude Abe, cette dynamique traduit une évolution inquiétante des violences basées sur le genre : « La femme reste extrêmement vulnérable au Cameroun. On observe une montée des profils d’hommes auteurs de crimes passionnels, souvent liés à la jalousie ou à des tensions sociales. »  Plusieurs facteurs sont avancés par le sociologue pour expliquer cette recrudescence. Il invoque entre autres, la violence domestique banalisée ; la pression sociale et les normes patriarcales ; la difficulté à quitter des relations abusives et les faibles mécanismes de protection des victimes.

Face à cette situation, le gouvernement, a engagé en 2023, un processus d’élaboration d’un projet de loi spécifique aux violences faites aux femmes et aux filles. Mais à ce jour, le texte n’est toujours pas adopté. Sur le terrain, les mécanismes de prise en charge restent limités. Les centres d’accueil mis en place par le Minproff ne permettent pas l’hébergement d’urgence en offrant uniquement une assistance souvent ponctuelle. Quant à la ligne verte censée aider les victimes, elle peine à fonctionner efficacement. « Il faut parfois appeler une dizaine de fois avant d’obtenir une réponse », déplore Pierrette Memong Meno, cofondatrice de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes.

Le Cameroun n’est pas un cas isolé. Selon les Nations unies, près de 60 % des femmes tuées dans le monde le sont par un partenaire intime ou un membre de leur famille, faisant du féminicide une urgence globale. Pour un début de solution au Cameroun, la juriste Yvonne Akoa plaide pour une approche structurelle en créant une loi qui incrimine les constructions sociales qui fragilisent la femme.

Désiré Domo

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