Fonction publique : Les auditeurs libres en grogne  après la suspension du recrutement

Décidée par le gouvernement, cette réforme relance le débat sur la gestion des effectifs des enseignants au Cameroun. Des milliers d’auditeurs libres formés dénoncent une mise à l’écart sans solution transitoire.

« On nous a formés pendant des années. Aujourd’hui, on nous explique que nous sommes devenus un problème de chiffres. » Le témoignage de cet auditeur libre résume le malaise provoqué par la décision du ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup), de mettre fin au recrutement des auditeurs libres dans les Ecoles normales supérieures (Ens) et les Ecoles normales supérieures d’enseignement techniques (Enset) à partir de l’année académique 2026-2027, au moment même où les concours d’intégration directe dans la Fonction publique sont relancés.

Depuis la suspension des concours d’intégration directe en 2022, les auditeurs libres se sont imposés comme une voie alternative d’accès aux Écoles normales supérieure. Selon les collectifs concernés, environ 10 000 auditeurs libres sont aujourd’hui formés ou en cours de formation, sans statut administratif ni garantie d’intégration. « Nous avons tous suivi des cursus identiques à ceux des élèves fonctionnaires et pour beaucoup d’entre nous, la formation représentait un investissement stratégique dans l’attente d’un recrutement ultérieur par l’État », ajoute un autre auditeur libre.

Si la relance des concours d’intégration directe est présentée par le gouvernement comme un retour à la norme, certains n’y voient aucune mesure transitoire pour accompagner la réforme : « il n’y a pas de quotas réservés aux auditeurs libres, pas de passerelles spécifiques et non plus de calendrier d’intégration », déplore Théodore Noma, syndicaliste. Toujours selon cette source syndicale, « de nouveaux concours sont ouverts alors qu’un vivier déjà formé attend depuis des années ».

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Du côté des autorités académiques, la suspension est justifiée par la surcharge des capacités d’encadrement. Mais plusieurs enseignants interrogés pointent un problème plus structurel : l’absence de planification chiffrée des besoins réels en enseignants, en lien avec les départs à la retraite.

A en croire Bertrand Georges Mebenga, spécialiste en management de l’éducation, au-delà de l’ajustement administratif, la décision révèle une désarticulation entre formation et recrutement. Au final, analyse-t-il, cette réforme apparaît moins comme une rationalisation que comme un signal de crise dans la gouvernance du système éducatif camerounais.

Mélanie Ambombo

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Education

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