LE KAMERUN PRISONNIER DE SES FANATIQUES

Le pays de UM NYOBE est un paradoxe historique. Terre de luttes précoces pour l’autodétermination, il semble aujourd’hui incapable de produire un débat politique sain. Entre un pouvoir verrouillé et une opposition en perte de lucidité, un acteur invisible mais redoutable prospère : le fanatisme militant. Celui qui transforme les leaders en divinités et interdit toute critique. Or, quand la politique devient religion, la vérité devient blasphème.

*Le poison des dévotions politiques*

On peut légitimement se demander comment un pays qui fut à l’avant-garde des luttes pour l’indépendance et l’émancipation politique se retrouve aujourd’hui coincé entre un pouvoir autocratique et une opposition qui multiplie les erreurs stratégiques.

Les raisons sont nombreuses. Mais l’une des plus visibles est ce fanatisme militant qui transforme les leaders en êtres infaillibles.

Dans cet univers, la loyauté ne consiste plus à dire la vérité, mais à applaudir même les erreurs les plus manifestes. Les laudateurs remplacent les conseillers, et la flatterie tient lieu de stratégie.

Or, comme l’écrivait Albert Einstein:

« L’erreur devient faute quand on refuse de la corriger. »

 

*Quand les leaders deviennent des mythes*

 

L’histoire politique Kamerunaise récente offre plusieurs exemples de cette dérive.

Dans les années 1990, pour une grande partie de ses partisans, John Fru Ndi était quasiment infaillible. Certains affirmaient même, dans un imaginaire militant débridé, qu’il « arrêtait les balles ». Pourtant, lorsqu’il demanda à un peuple prêt à en découdre de garder le calme, beaucoup refusèrent de voir les limites stratégiques de ce moment.

 

Du côté du pouvoir, la situation n’est guère différente. Malgré la crise économique, sociale et sécuritaire que traverse le pays, Paul Biya est présenté par ses partisans comme «le meilleur président du monde ». Certains ont même soutenu, sans la moindre preuve, qu’il aurait refusé de reconduire les accords coloniaux.

La mythologie politique remplace ainsi l’analyse.

Même dans les milieux intellectuels, l’exagération frôle parfois le grotesque. Henri Hogbe Nlend, dont le passage à la tête de la recherche scientifique a pourtant laissé un bilan contesté, est parfois décrit par des admirateurs exaltés comme « le plus grand mathématicien du monde », capable depuis la NASA de contrôler la planète Terre.

Quant à Maurice Kamto, certains de ses soutiens le présentent comme le « pape du droit », incapable de se tromper. Alors que comme tout être humain, il s’est politiquement trompé à maintes reprises.

Dans tous ces cas, la logique est la même : la critique devient trahison.

La chasse aux esprits libres

Dans cet environnement, toute voix critique est immédiatement vouée aux gémonies. On la traite de traître, d’agent infiltré, d’ennemi du peuple.

Les militants qui osent questionner leur propre camp sont exclus. Les intellectuels qui analysent froidement la situation sont insultés.

Résultat : la politique Kamerunaise devient un champ de cris, mais rarement un espace de réflexion.

Comme le rappelait Albert Camus :

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »

*Le grand exil des intellectuels*

C’est ainsi que les véritables intellectuels sont progressivement écartés de la politique. Non pas parce qu’ils seraient indifférents au destin national, mais parce qu’ils refusent la logique du culte des chefs.

Au Kamerun, celui qui pense devient suspect.

Pris entre le marteau du pouvoir et l’enclume d’une opposition hypersensible à la critique, beaucoup choisissent le silence ou l’exil intellectuel.

Et pendant que les fanatiques applaudissent leurs idoles, le pays, lui, continue de s’enfoncer.

*La nécessaire critique*

Un pays ne progresse pas grâce aux adorateurs de chefs, mais grâce aux esprits libres.

Car en politique comme en science, une vérité demeure immuable :

L’erreur tolérée devient système, et le système finit toujours par écraser la nation.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

*Le texte est de l’auteur

Et les liens hypertextes sont de la rédaction

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