L’ÉPARGNE MASSACRÉE : LORSQUE L’ÉTAT REGARDE, LES ESCROCS DÉPOUILLENT.
COMECI, COFINES, FIFA, CAPCOOL… Derrière ces sigles se cache une tragédie nationale : des milliards envolés, des familles ruinées et un État spectateur. Pire encore, lorsque l’État lui-même s’essaie à la prédation à travers la Caisse d’Épargne Postale, l’épargne cesse d’être un droit et devient un piège mortel.
*Épargner au Kamerun : un acte de foi, parfois un suicide économique *
Dans un pays normal, épargner est un acte de prudence. Au Kamerun, c’est un saut dans l’inconnu. L’épargne, censée sécuriser l’avenir, s’est transformée en loterie sociale où les perdants sont toujours les mêmes : les petits déposants, les travailleurs, les retraités, les veuves.
On a demandé au citoyen d’épargner. Il l’a fait. On lui a promis sécurité et encadrement. Il a cru. Il a perdu.
« J’ai confié mes économies à une microfinance agréée. Aujourd’hui, je suis plus pauvre qu’hier », lâche un enseignant ruiné.
*Micro-finances : des fabriques de misère sous regard complice *
COMECI, COFINES, MEFI, FIFA, CAPCOOL… Ces structures n’ont pas seulement fait faillite: elles ont broyé des vies. Et pourtant, elles ont prospéré au vu et au su des autorités. Agréments distribués, contrôles inexistants, sanctions symboliques : l’État a laissé faire.
Ce n’est plus de l’incompétence, c’est de la négligence institutionnalisée.
« Quand les régulateurs ferment les yeux, les escrocs ouvrent des agences », résume un analyste financier.
*Banques et État : quand la trahison devient systémique *
Les microfinances ne sont pas seules en cause. Des banques dites « solides » ont elles aussi sombré : BIAO, BICIC, SCB… À chaque fois, les déposants paient, les responsables disparaissent, et la mémoire collective est sommée d’oublier.
Mais la blessure la plus profond reste celle de la Caisse d’Épargne Postale. Là, il ne s’agit plus d’un opérateur privé douteux, mais de l’État lui-même. Une institution publique, présentée comme refuge ultime, s’est effondrée avec l’argent des citoyens.
« Si même l’État vole son peuple, alors le vol devient une norme sociale », s’indigne un ancien client.
*La peur comme politique économique*
Face à cette insécurité financière chronique, les Kamerunais se replient. Ils cachent leur argent, fuient les banques, investissent ailleurs. Cette thésaurisation n’est pas un choix idéologique, c’est un réflexe de survie.
Mais ce réflexe affaiblit le crédit, étouffe l’investissement et ralentit l’économie. En laissant l’épargne mourir, l’État sabote son propre développement.
*Sans justice financière, pas de nation viable *
Un État qui ne protège pas l’épargne protège les prédateurs. Un État qui n’indemnise pas les victimes institutionnalise la pauvreté. Un État qui ne sanctionne pas prépare la prochaine escroquerie.
La restauration de la confiance passe par des actes forts : poursuites judiciaires exemplaires, remboursement des victimes, contrôle strict des établissements financiers, éducation économique populaire. Tout le reste relève du discours creux.
Comme le disait Thomas Sankara :
« Un peuple qui ne peut pas faire confiance à ses dirigeants est un peuple condamné à la survie. »
Et un peuple condamné à la survie n’épargne plus : il se cache, il se méfie, il se disloque.
*Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE*
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