Météorologie : « Les agriculteurs ne devraient pas se précipiter pour semer »
Ramses Landry Bell Epipe, ingénieur de la météorologie /prévisionniste, explique les raisons de la situation climatologique actuelle de plusieurs villes du Cameroun et ses effets sur les activités agricoles.
Comment comprendre, de façon simple, les données de la Direction de la météorologie nationale sur la situation climatique de certaines régions au Cameroun ?
Ces données représentent respectivement les cumuls de pluies observés en janvier 2026 et les normales climatologiques calculées sur 30 ans (moyenne des cumuls de janvier sur la période 1991–2020) pour lesdites villes. Elles permettent de mesurer l’écart entre les précipitations observées en janvier 2026 et les valeurs normales, afin d’identifier un excédent ou un déficit pluviométrique.
Laquelle des villes citées dans le lot des données de la Direction nationale de la météorologie a connu le plus de situation climatique inhabituelle (en fonction de la norme) ?
Parmi ces trois villes (Yaoundé, Kribi et Douala NDLR), c’est Kribi qui présente l’anomalie la plus élevée, avec une valeur de +44,6 mm.
Qu’est-ce qui serait la cause de ce climat ?
La température de surface de la mer dans la zone du golfe de Guinée est restée en phase neutre en décembre et a évolué vers une phase neutre à légèrement positive en janvier 2026. La comparaison avec le mois précédent montre déjà un réchauffement. Ce réchauffement favorise l’évaporation et rend l’atmosphère plus humide. Le vent dominant est de secteur sud-ouest ; il transporte donc davantage d’humidité vers l’intérieur des terres, ce qui permet à la partie sud du Cameroun de bénéficier des pluies sporadiques actuellement observées. En outre, le rayonnement infrarouge sortant (OLR) au-dessus du golfe de Guinée présente des valeurs négatives depuis le mois de janvier, ce qui indique une convection active dans cette zone. Enfin, le Front intertropical (FIT), zone de convergence entre le vent sec et poussiéreux de nord-est et le vent de mousson humide de sud-ouest, s’est déplacé plus au nord (région du Nord), permettant ainsi une plus grande entrée d’humidité dans le pays.
Quels en seraient les conséquences et quoi faire pour contrer cela ?
Les pluies actuellement observées laisseront bientôt place à des conditions sèches au cours des prochains jours, car l’un des principaux facteurs, l’onde MJO de basse couche (Oscillation de Madden-Julian), passera de sa phase active à une phase dormante, avec peu de précipitations attendues à partir de la troisième décade de février. Par ailleurs, la Direction de la Météorologie Nationale suit de près la dynamique atmosphérique et informera régulièrement le public des évolutions récentes.
Cette situation serait-elle avantageuse pour les agriculteurs ?
Les agriculteurs ne devraient pas se précipiter pour semer, car les pluies actuelles ne marquent pas une reprise effective de la saison des pluies. Le risque de pertes de cultures dû à une longue période sèche (absence de pluies) est élevé.
Interview réalisée par Désiré Domo







