Municipales Dschang : « Une femme maire pourrait apporter une sensibilité différente et constituer une alternative intéressante »

Sob Amym Fouejeu, acteur de développement social et militant progressiste, il plaide pour un leadership inclusif, pragmatique et orienté vers des solutions concrètes pour le développement de Dschang.

Y a-t-il un risque que les prochaines municipales soient marquées par des violences ?

La population est majoritairement jeune, ce qui explique en partie la tension observée en 2025. Les jeunes sont de moins en moins patients face aux difficultés socio-économiques. Cependant, il n’y a pas de raison que les élections locales soient nécessairement plus violentes. Elles sont généralement très disputées, mais les résultats sont proclamés localement et rapidement. S’il devait y avoir des troubles, cela traduirait un dysfonctionnement du processus. Pour éviter tout désordre, il est essentiel que les urnes s’expriment librement et que les résultats reflètent fidèlement la volonté populaire.

Quel doit être désormais le niveau d’engagement des populations vis-à-vis de la gestion communale ?

La population ne doit plus observer les choses de manière distante. Il est désormais nécessaire de s’intéresser de près à la gestion municipale afin de comprendre ce qui s’y passe. Les acteurs sociaux, les entrepreneurs et les organisations de la société civile doivent établir un diagnostic clair de la réalité de la commune. Les tensions sociales observées traduisent l’existence de défis importants dans la gestion communale. Lorsque des agents municipaux se mettent en grève, cela signifie que le dialogue social connaît des difficultés. Face à cette situation, il faut envisager une nouvelle dynamique capable de relancer un dialogue plus inclusif, prenant en compte les acteurs sociaux et les différentes parties prenantes. Au-delà des questions de gouvernance locale, il existe aussi des réalités conjoncturelles. On peut évoquer un problème systémique. Aujourd’hui, la commune de Dschang compte plus de 300 000 habitants. Le dernier budget voté dépasse deux milliards de francs CFA. On peut alors s’interroger : que peut-on réellement faire pour une telle population avec un tel budget ? Quel est le ratio par habitant ? Comment continuer à gérer une ville de plus de 300 000 habitants avec des ressources aussi limitées ?  Si l’on observe le centre urbain, on peut saluer les efforts en matière de gestion des ordures et d’assainissement. Mais dans les zones plus reculées, les problématiques sont différentes : routes, électrification rurale, accès aux services de base. Il serait pertinent de réfléchir à une organisation territoriale plus adaptée, afin de rapprocher davantage l’administration des populations et de renforcer l’efficacité de l’action publique.

Quel profil pour la commune ?

Dschang a besoin d’un technocrate de proximité. Il faut des conseillers municipaux capables de relever les défis actuels, dotés de compétences techniques solides. Le contexte exige la capacité de comprendre des dossiers complexes, notamment en ingénierie financière et fiscale. Il s’agit de maîtriser les mécanismes de la fiscalité locale et de savoir lire un bilan financier afin d’identifier les niches de recettes inexploitées. Le montage de projets et la culture du numérique ne doivent pas être négligés. Une parfaite maîtrise du Code général des Collectivités territoriales décentralisées (Ctd) est également indispensable pour naviguer entre les compétences transférées et les procédures de passation des marchés publics. Les aptitudes stratégiques sont toutes aussi essentielles. Face à la rareté des ressources, l’élu doit faire preuve de leadership collaboratif et savoir travailler en intercommunalité. Plutôt que d’agir seul, il doit convaincre les communes voisines de mutualiser certains équipements (engins de génie civil, gestion des déchets). La capacité de négociation est également cruciale : savoir dialoguer d’égal à égal avec le secteur privé, les banques et les bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale, AFD, UE). La gestion de crise constitue un atout majeur. Dans un contexte d’inflation, il faut savoir prioriser les dépenses essentielles (santé, eau) et différer les projets de prestige moins urgents. La mobilisation des ressources propres repose sur la confiance des populations : intégrité et transparence sont indispensables pour encourager le civisme fiscal. L’élu doit promouvoir la redevabilité, en rendant compte de l’utilisation de chaque franc collecté. (…) Enfin, il doit être visionnaire. Ne pas se limiter à un mandat de cinq ans, mais anticiper les exigences de la SND30 (Stratégie nationale de développement 2020-2030) à l’échelle locale. Dschang à d’énormes défis à régler dans l’urgence dans un contexte d’instabilité politique et donc la compétence de l’exécutif doit pouvoir faire l’unanimité.

Quel maire pour Dschang ?

Dans toute son histoire, Dschang n’a connu que des maires hommes. Pourquoi ne pas envisager une femme ? Une femme maire pourrait apporter une sensibilité différente et constituer une alternative intéressante.

Interview réalisée par Aurélien Kanouo Kouénéyé

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