Municipales et législatives : chaudes empoignades en perspectives entre le Sdf, le Mrc, le Fcc, le Rdpc à Loum
Les prochaines élections locales au Cameroun s’annoncent avec beaucoup d’intérêts pour la commune de Loum. Les partis politiques s’activent afin d’être prêts à rivaliser d’adresse dans le but d’obtenir le plus grand nombre de voix au soir des votes.
Martin S., vendeur de pièces détachées à Ngodi, un quartier situé au centre-ville de Loum, dans le département de Moungo, région du Littoral au Cameroun, scrute sans cesse le calendrier électoral qui tarde à être publié. Dans une discussion avec les autres commerçants du coin ce lundi 9 février 2026, Martin confie que les élections municipales à venir représentent pour lui, une véritable lueur d’espoir et un renouveau possible pour sa localité.
Sur le même sujet, Armand Fenkeu, l’un de ses proches voisins réagit avec frustration face à la problématique persistante de l’accès à l’eau dans plusieurs quartiers de Loum. Selon lui, il faut parcourir des centaines de mètres à pied pour pouvoir se procurer de l’eau potable.
Supputations
Au-delà de cet engouement, le choix du parti reste le grand challenge pour ce double scrutin (les législatives et les municipales) à venir. Dans la ville de Loum, la contre-performance du Sdf à la présidentielle de 2025 (6e avec 1,21 %, contre 3e en 2018 avec 3,2 %) alimente les spéculations. Pour Essomba Gildas, habitant de la ville, le parti de la Balance aura du mal à conserver la mairie sans coalition. Face à lui, des adversaires tels que le Front pour le Changement du Cameroun (Fcc), le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) et le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), comptent bien l’évincer en tirant profit de ses divisions internes. « Le parti a perdu beaucoup de militants. Certains conseillers ont rejoint le Fcc ou le Mrc. Ces divisions ont freiné certaines réalisations. La ville va mal », observe un enseignant de lycée sous anonymat.
Si ces partis cristallisent l’attention à Loum, c’est parce qu’ils sont les plus visibles sur le terrain et les plus actifs dans les quartiers, comme laissent entendre certains riverains. « Ce sont ceux dont les noms reviennent le plus souvent dans les discussions entre habitants », lâche Séraphin G, gérant d’une cabine téléphonique.
Pour l’heure, le Rdpc veut reconquérir la mairie perdue en 2015 au profit du Sdf. Mais la compétition s’annonce serrée, notamment face à Guy Merlin Hepdieu Nanseu, candidat du Fcc et ancien cadre du Sdf, crédité d’une forte popularité locale. La position du Sdf est d’autant plus délicate que le parti a perdu plusieurs bastions dans le Littoral. En 2020, il cède Douala 3 au Rdpc, puis Njombé-Penja au Mouvement patriotique pour un Cameroun nouveau, (Mpcn), dirigé par Paul Éric Kingue. Loum apparaît ainsi comme l’un des derniers bastions du parti de Joshua Osih dans le Moungo. Contacté, le secrétaire national à la communication, Henry Kedjan, n’a pas souhaité préciser si le parti contrôle encore une autre commune dans le département.
Le Mrc serein, le Rdpc à la reconquête…
Au sein de ces différents partis, l’heure est à la préparation de ce double scrutin, même si les acteurs locaux semblent accorder plus d’intérêt à l’élection municipale. Au Mrc, la sérénité est affichée. « Nous sommes convaincus de gagner la mairie avec la majorité absolue », assure Damase Ngounou. Le parti prépare minutieusement ses candidatures pour éviter toute disqualification et mise sur l’aspiration au changement. « Le peuple a soif de renouveau et a foi en Maurice Kamto », soutient Edgard Yomi, ancien militant du Sdf.
C’est la même confiance qui anime le responsable de l’antenne communale du Fcc à Loum, Guy Merlin Hepdieu Nanseu. Malgré sa jeunesse, le parti est implanté dans la commune depuis seulement deux ans et mise sur l’affection et la sympathie des habitants. Guy Merlin Hepdieu Nanseu affirme d’ailleurs avoir structuré sa stratégie, en recrutant et formant des scrutateurs qui le représenteront dans tous les bureaux de vote.
Une vue du quartier Ngodi à Loum ©DataCameroon
Le Rdpc, lui, mise sur ce qu’il qualifie de bilan insuffisant du Sdf. « La ville s’est dégradée. Nos initiatives en matière d’éducation, de santé et d’accès à l’eau témoignent de notre engagement », défend Adamou Oumarou, président de la sous-section Loum Nord. Le parti promet de redonner à Loum son éclat d’antan, avec entre autres les routes bitumées, l’éclairage public, et la meilleure gestion des déchets. Certains habitants restent toutefois sceptiques quant à la concrétisation de ces promesses. Des réalisations qui serviront d’arguments lors de la campagne électorale, Cependant certains habitants de Loum doutent de la sincérité du parti à poursuivre ces réalisations une fois élu.
Du côté du Sdf, le ton reste relativement discret. Contacté, le maire de Loum, Guy Mesmin Kuate Wambo a décliné toute demande d’entretien sur la question. Néanmoins, certains militants rencontrés dans la ville mettent en avant les réalisations du parti en matière d’entretien routier, d’éclairage public, de construction de forages, ainsi que dans les domaines de l’hygiène et de l’assainissement.
Vers une bataille ouverte
Pour les spécialistes des questions politiques, « la bataille municipale qui s’annonce à Loum est une compétition ouverte dans un contexte de recomposition politique locale.(…) Politiquement, les cycles électoraux locaux révèlent souvent une usure du pouvoir, particulièrement lorsque les attentes sociales demeurent partiellement satisfaites. Le départ d’un adjoint au maire vers le Fcc constitue un indicateur fort de déliquescence interne, susceptible de modifier les équilibres électoraux », analyse Stéphane Menounga, politologue. Il note par ailleurs que la pluralité de l’offre politique Sdf, Fcc, Mrc et Rdpc favorise une dynamique concurrentielle où la fidélité partisane traditionnelle peut céder le pas à des logiques de personnalisation du vote.
En outre, le politologue relève les forces et faiblesses de chaque parti en lice. « Au vu des dynamiques observées, le Sdf apparaît structurellement fragilisé malgré son statut de parti sortant. L’usure du pouvoir, les divisions internes et les réalisations jugées mitigées constituent des variables défavorables. Dans ce contexte, deux forces semblent en mesure de capter l’alternative : le Fcc et le Mrc », développe-t-il, avant de poursuivre : « Le Fcc dispose d’un atout stratégique lié à la dissidence interne et à la popularité locale de son candidat ; le Mrc, quant à lui, peut capitaliser sur une dynamique nationale et attirer les électeurs en quête d’une rupture plus nette. Toutefois, en cas de dispersion massive des voix de l’opposition le Rdpc pourrait en tirer profit.»
Blaise DJOUOKEP et Hyacinthe TEINTANGUE de retour de Loum








