NATIONALE N°5 : QUAND LA PLUIE RÉVÈLE NOS INCOHÉRENCES

Il aura suffi d’une petite pluie pour transformer des portions stratégiques de la Nationale N°5 en véritables lacs. Sur les ponts qui enjambent le Wouri l’ancien comme le nouveau l’eau s’est accumulée au point de surprendre les automobilistes. Au niveau des rond-point rail et Mabanda, pourtant récemment réaménagés, de vastes plans d’eau ont provoqué un embouteillage monstre. Une situation qui interroge, au-delà de l’incident, la logique de conception et de gestion de nos infrastructures.

La pluie teste nos infrastructures

Dans un pays tropical comme le Kamerun, la pluie n’est pas un événement exceptionnel. Elle est une donnée permanente que tout ingénieur, tout urbaniste, tout décideur public doit intégrer dans la conception des infrastructures. Pourtant, sur l’axe le plus stratégique reliant Douala au reste du pays, quelques minutes d’averse suffisent pour créer des nappes d’eau sur les ponts et transformer des carrefours récemment réhabilités en véritable mares.

Sur les deux ponts sur le Wouri l’ancien comme le nouveau des accumulations d’eau ont été signalées. Aux rond-point Rail et Mabanda, malgré les travaux de réfection, de larges lacs se sont formés, ralentissant la circulation et provoquant des bouchons. Cette scène banale au Kamerun devrait pourtant être un scandale technique. Comme le rappelait un ingénieur des travaux publics sous couvert d’anonymat : « Une route bien conçue ne craint pas la pluie. Si l’eau stagne, c’est que quelque chose n’a pas été correctement pensé. »

 La question des compétences nationales

Cette situation soulève une interrogation de fond : à quoi servent nos écoles de formation d’ingénieurs si, dans les faits, les grands travaux continuent d’être majoritairement confiés à des bureaux d’études ou à des entreprises étrangères ? En 1970 était créée l’École Nationale Supérieure des Travaux Publics. Un an plus tard naissait l’École Nationale Supérieure Polytechnique. Leur mission était claire : former une élite technique capable de concevoir et de piloter les infrastructures du pays. Plus d’un demi-siècle après, la dépendance technique reste forte. Un ancien cadre du secteur résume le malaise : « Nous formons des ingénieurs compétents, mais ils sont rarement au cœur des décisions. Le savoir existe, mais la confiance manque. »

Le résultat est parfois visible sur le terrain. Erreur technique ou logique politique ? Autre interrogation : les dysfonctionnements observés relèvent-ils simplement d’erreurs techniques ou traduisent-ils une logique d’aménagement discutable ? L’exemple du deuxième pont sur le Wouri illustre ce débat. L’ouvrage, construit juste à côté de l’ancien, a certes permis d’augmenter la capacité de franchissement. Mais certains experts s’interrogent encore sur l’absence d’une vision plus large de la circulation. Pourquoi ne pas avoir profité de ce projet majeur pour créer une véritable voie rapide reliant directement le Rond-point Deido à l’échangeur de Bekoko ? Une telle infrastructure aurait permis de fluidifier durablement l’accès à la ville et de désengorger un axe vital pour l’économie nationale. Aujourd’hui encore, les embouteillages sur ce corridor stratégique rappellent les limites d’une approche fragmentée.

 Les travaux finissent par créer d’autres problèmes

Le cas de deux rond-point (Rail et Mabanda) est particulièrement révélateur. Des travaux de réfection y ont été menés récemment, mais la première pluie significative a suffi pour révéler des insuffisances. Les usagers se retrouvent face à un paradoxe devenu familier : des travaux sont réalisés, mais les problèmes persistent… voire apparaissent autrement. Cette situation alimente une frustration grandissante chez les citoyens. Un conducteur de taxi rencontré sur place résume le sentiment général : « On répare aujourd’hui ce qu’on aurait pu bien construire hier. »

La pluie devient juge de nos politiques publiques

Au Kamerun, la pluie n’est pas seulement un phénomène météorologique. Elle est devenue un révélateur. Révélateur de nos méthodes de planification, de nos choix techniques et parfois de nos incohérences. Car lorsqu’une simple averse transforme des ponts et des carrefours fraîchement aménagés en lacs improvisés, ce n’est pas la pluie qui pose problème. C’est la manière dont nous construisons notre avenir.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

N.B : Le texte est de l’auteur, tandis que les liens hypertextes sont de la rédaction

 

 

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