Ouest : Des initiatives locales pour freiner la disparition des raphias
Menacé par la surexploitation, le raphia, pilier écologique et culturel de l’Ouest-Cameroun, mobilise chefferies traditionnelles, chercheurs et acteurs locaux autour d’initiatives de restauration visant à préserver un héritage en péril.
À Batoufam, dans le département du Koung-Khi, les signes de dégradation sont visibles : recul progressif des palmeraies de raphia, érosion des berges de la rivière jouxtant le palais royal et flambée des prix du vin de palme. Un constat préoccupant partagé par sa Majesté Innocent Nayang Toukam, chef supérieur du groupement. « Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est garantir que nos enfants hériteront d’une terre où le raphia continuera de prospérer », confie-t-il.
Selon Clovis Koagne, responsable de la Fondation Fidepe, « les superficies de raphia dans la région de l’Ouest sont gravement menacées par la conversion des bas-fonds en cultures maraîchères, l’exploitation non durable des feuilles destinées aux parures des Grassfields et la déforestation ». Dans une zone dépourvue de forêt dense, cette essence multifonctionnelle joue pourtant un rôle central depuis des siècles : fabrication du mobilier royal, objets rituels, architecture traditionnelle, fibres d’initiation et production du vin de palme.
La conjugaison de ces usages culturels, des activités agricoles et artisanales exerce une pression croissante sur la ressource, aggravée par les effets du changement climatique. Face à l’urgence, des actions concrètes émergent. À Batoufam, le programme Forêts sacrées et paiement des services écosystémiques en Afrique centrale (Ressac) accompagne les communautés dans la restauration des zones humides et la protection du raphia, notamment à travers la mise en terre de plants le long des cours d’eau.
À Bafounda, dans le département des Bamboutos, Joseph Tchoffo, leader communautaire, s’est engagé à planter plus de 1 000 raphias après la perte de plus de deux hectares hérités de ses parents. D’autres initiatives sont également en cours à Bangoulap, dans le département du Ndé, ainsi qu’à Baleng, où un projet de restauration de huit hectares de raphia est mis en œuvre, selon Hilaire Tassa, responsable du patrimoine culturel. Parallèlement, des jeunes bénéficient de formations sur l’exploitation durable du raphia et les techniques de reboisement.
Les experts du programme, dont le Pr Hervé Tchekote et le Dr Chapgang Noubactep, insistent sur la nécessité d’allier savoirs traditionnels, recherche scientifique et mécanismes innovants, tels que le paiement des services écosystémiques. Pour Hermann Yongueu, promoteur culturel, la multiplication des initiatives communautaires demeure la clé pour assurer la préservation durable de cette essence profondément ancrée dans le patrimoine des Grassfields.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







