Ouest : Près de 200 enfants nés séropositifs en 2025
Alors que les équipes médicales redoublent d’efforts pour protéger les bébés du Vih, la rupture des financements internationaux replonge les femmes enceintes séropositives dans une zone de danger sanitaire dans cette région du Cameroun.
À 25 semaines de grossesse, Clarisse mène un combat qu’elle n’avait jamais imaginé : protéger son futur bébé du Vih. Testée positive dès sa première consultation prénatale, cette jeune femme de 27 ans a découvert son statut lors de sa quatrième grossesse. « J’avais peur. Peur pour moi, peur pour mon bébé. Mais la sage-femme m’a expliqué que si je suis le traitement, mon enfant naîtra sans le virus », raconte cette mère inquiète.
L’histoire de Clarisse est devenue ordinaire dans les formations sanitaires de la région de l’Ouest, où les équipes soignantes affrontent au quotidien le défi de la transmission mère-enfant. « Aujourd’hui, le Vih n’est plus une fatalité. Avec un suivi adapté, une femme séropositive peut donner naissance à un enfant sain », rassure Joséphine Tela, sage-femme. La prise en charge exige un ensemble rigoureux : démarrage immédiat des antirétroviraux (Arv), suivi rapproché pour maîtriser la charge virale, mesures adaptées lors de l’accouchement et alimentation contrôlée du nouveau-né. « Tout se joue sur l’observance et la continuité du suivi », insiste-t-elle.
Mais les progrès obtenus semblent vaciller. « Les financements des partenaires internationaux sont interrompus depuis mai 2025 », alerte Jean Stéphane Biatcha, secrétaire exécutif de Synergies Africaines. Une rupture qui, selon lui, « pourrait anéantir des années d’efforts et exposer des milliers de femmes et d’enfants à des risques évitables ». Les données qu’il avance sont préoccupantes : 229 enfants sont nés séropositifs dans la région de l’Ouest depuis le début de l’année, un chiffre qui interroge sur la continuité des programmes de prévention.
Sur le terrain, les acteurs communautaires constatent les failles. « Les enfants continuent de naître avec le Vih parce que le circuit de prise en charge des femmes enceintes n’est pas toujours respecté », déplore Lucienne Ateufack, engagée à travers sa fondation dans la lutte contre lutte contre le Vih/Sida. Elle pointe le manque de coordination entre les structures de santé et les relais communautaires, ainsi que l’insuffisance des visites à domicile, essentielles pour maintenir l’observance. Dans les zones rurales, les abandons de traitement restent fréquents. Elle plaide pour un accompagnement communautaire renforcé, notamment dans les zones rurales où les femmes abandonnent plus facilement les consultations et les Arv.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







