Pénurie de sel : un retour timide, mais des prix toujours élevés à Yaoundé
Malgré un réapprovisionnement progressif sur les étals, les Camerounais continuent de payer le prix fort. Le sac, jadis vendu à 2 800 F Cfa, oscille désormais entre 4 600 et 5 200 F Cfa dans plusieurs marchés de la ville.
Au Marché Mvog-Ada à Yaoundé, l’entrée de la petite alimentation de maman Régine attire l’œil avec une dizaine de sacs de sel disposés en évidence. Mais la réalité qui suit est saisissante, une bonne partie de ce stock a déjà été réservée par un client-partenaire. Pour le reste, il faut débourser 4 600 F Cfa pour un sac de 18 kg, loin des 2 800 F Cfa habituels. Les achats au détail se font entre 300 et 500 F Cfa pour les mesurettes qui coûtaient jadis 100 et 200 F Cfa. « Il y a un retour timide du sel sur le marché, mais le sel reste rare. Pour avoir cette quantité, c’est mon partenaire qui me l’a livré. Du coup, je suis obligée de vendre le sac à ce prix », confie-t-elle.
Non loin de là, au Marché central de Yaoundé, lieu-dit Mont Cameroun, le sac atteint 5 200 F Cfa, disponible majoritairement en sel fin. « Le gros grain est introuvable depuis plusieurs semaines. Au début de la pénurie, nous devons écraser le gros sel pour le vendre en sel fin », explique Gisèle, revendeuse, qui bénéficie du soutien d’un associé pour gérer ses approvisionnements.
Selon le ministère du Commerce, le sel est disponible sur l’ensemble du territoire, avec une demande mensuelle estimée à 13 000 tonnes. Depuis le début de l’année, près de 50 000 tonnes de sel ont été importées : 37 000 tonnes en janvier et 22 000 tonnes en février, essentiellement en provenance du Brésil.
Alors, pourquoi les prix restent-ils si élevés ? Pour le ministère, certains grossistes bloqueraient les volumes disponibles « en invoquant une pénurie inexistante, dans le seul but de réaliser des gains supplémentaires ». Les détaillants, eux, pointent du doigt les tarifs industriels.
Jean-Marie Biada, expert en économie et commerce international, explique : « Les principaux distributeurs diminuent volontairement la rotation des stocks, créant une tension sur le marché. Les consommateurs paniquent et sont prêts à payer le double du prix précédent. Dans certains cas, les importateurs pratiquent un rationnement sélectif pour garder le contrôle des stocks plusieurs mois durant. »
Face à cette situation, les pouvoirs publics assurent que les contrôles ont été renforcés. Mais pour Jean-Marie Biada, les solutions résident ailleurs, la création d’une faîtière pour les opérateurs du secteur camerounais du sel, afin de mutualiser les achats et défendre leurs intérêts, Une commande globale annuelle planifiée, pouvant atteindre 180 000 à 200 000 tonnes de sel brut, livrée trimestriellement, afin de stabiliser le marché.
La tension persistante sur le marché du sel met en lumière une fragilité structurelle, la production nationale reste insuffisante, obligeant le Cameroun à importer massivement. Selon le ministère des Finances, le pays dépense chaque année près de 50 milliards F Cfa pour ses importations de sel.
Désiré Domo







