PIB : le Cameroun ralentit de 0,4 % en 2025
Au cours de l’année écoulée, le Fonds Monétaire International (Fmi) constate un ralentissement de la croissance économique dans le pays, dans un contexte marqué par les tensions postélectorales et un affaiblissement des finances publiques.
Après une progression estimée à 3,5 % en 2024, le Produit intérieur brut (Pib) a ralenti à 3,1 % en 2025, selon le communiqué de fin de mission du Fonds monétaire international (Fmi) publié le 13 février 2026 au titre de l’article IV. Il s’agit d’une baisse de 0,4 point que l’institution de Bretton Woods attribue à « des tensions en fin d’année après les élections, qui ont perturbé le commerce, les services et l’investissement ».
D’autres facteurs ont aussi joué. Le fiscaliste Pierre Alaka Alaka souligne que les problèmes d’électricité se sont aggravés, freinant les activités. La demande mondiale a également diminué. Les exportations de bois, de cacao et surtout de pétrole ont baissé. Plusieurs partenaires ont réduit leurs achats dans un contexte économique international difficile. Cette situation a pesé sur la croissance du pays.
Mais que signifie réellement ce chiffre de 3,1 % ? L’économiste Dr Jean-Marie Belomo Essono, estime qu’il ne s’agit pas d’une crise, mais d’un signal d’alerte. Selon lui, l’économie continue de progresser, puisque la croissance reste positive. Toutefois, elle avance trop lentement pour améliorer rapidement les conditions de vie. « Avec une population jeune et en forte croissance, le Cameroun aurait besoin d’un taux plus élevé autour de 5 à 7 % pour créer suffisamment d’emplois et réduire la pauvreté. Ainsi, 3,1 % signifie que le pays avance, mais à un rythme insuffisant pour produire un réel changement social », analyse Dr Jean-Marie Belomo Essono. « Le passage de 3,5 % à 3,1 % montre que l’économie perd de la vitesse. Cela peut entraîner moins d’emplois, des recettes fiscales plus faibles pour l’État et plus de difficultés à financer les projets publics. Ce n’est pas une récession, mais un affaiblissement du rythme économique », ajoute-t-il.
Toujours selon le Fmi, sur le plan des prix, l’inflation a baissé à 3,4 % en décembre 2025, ce qui est une bonne nouvelle pour les ménages. En revanche, la situation budgétaire s’est détériorée. Le déficit, c’est-à-dire l’écart entre les recettes et les dépenses de l’État est passé d’environ 1,5 % du Pib en 2024 à près de 2 % en 2025. Plus préoccupant encore, le déficit primaire hors pétrole a atteint 2,6 % du PIB, au lieu des 1,4 % prévus. Cela signifie que, même sans compter les revenus pétroliers, l’État dépense plus qu’il ne gagne.
Pour les prochaines années, le Fmi reste modérément optimiste. L’institution prévoit une croissance de 3,3 % en 2026, puis plus de 4 % à partir de 2028, si les problèmes d’énergie diminuent et si des réformes sont appliquées. Il s’agit notamment de mieux gérer les finances publiques, d’augmenter les recettes hors pétrole et de rembourser progressivement la dette intérieure.
Pour Pierre Alaka Alaka, seule une gestion plus transparente des recettes minières et pétrolières, accompagnée d’un contrôle rigoureux des dépenses et de l’opérationnalisation d’un compte unique du Trésor, permettra d’éviter l’installation durable des fragilités budgétaires.
Désiré Domo







