Présidentielle 2025 : A Douala, plusieurs déplacés internes privés de vote

Pour cause, la majorité de ces milliers de Camerounais réfugiés à Douala, qui ont fui leurs régions d’origine en raison de diverses crises et catastrophes, n’ont pas pu s’inscrire sur le fichier électoral, à cause de la perte de leurs documents civils.

Nkwain, originaire de Kumba dans la région du Sud-Ouest, a fui la crise sécuritaire qui sévit depuis 2016 dans les deux régions anglophones. Installé à Yassa dans l’arrondissement Douala 3e, le souhait de ce chef de famille âgé de 42 ans, en cette période électorale, est de participer à la présidentielle 2025 en tant qu’électeur.  « Je veux voter pour faire entendre ma voix. Je suis citoyen comme tous les autres, et je souhaite pouvoir participer aux décisions qui concernent mon avenir », confie-t-il.

Malheureusement, Nkwain n’a pas pu s’inscrire sur la liste électorale. « J’ai perdu mon récépissé quelques semaines après mon arrivée à Douala, et je ne possède pas non plus mon acte de naissance pour en faire un autre parce que j’ai tout perdu avant mon départ. Lors de ma présentation aux agents mobiles d’inscription d’Election Cameroon (ELECAM), ils m’ont demandé ma carte nationale d’identité ou mon récépissé, mais malheureusement, je n’en ai pas », déplore Nkwain.

A l’instar de Nkwain, Samuel originaire du Nord-Ouest, a été contraint de quitter son village en 2020 à cause de l’insécurité. « Je suis parti brusquement à cause de la situation sécuritaire, j’ai tout laissé derrière moi », raconte ce mécanicien automobile installé à Nyalla Nkolbong dans l’arrondissement de Douala 3e. En l’absence de ses pièces d’identités officielles, cette victime de la crise anglophone n’a pas pu s’inscrire sur la liste électorale.  « J’ai perdu tous mes papiers lors du déplacement. Je me suis renseigné et on m’a fait savoir que je dois repartir dans ma ville de naissance afin d’établir un autre acte de naissance et j’ai abandonné parce que ce n’est pas évident », se plaint Samuel.

Malgré ces obstacles, certains déplacés internes ont réussi à s’inscrire. C’est le cas de Yolande T, 35 ans, qui est une ancienne habitante de Bamenda. « Malgré les obstacles, j’ai pu   rassembler les documents nécessaires avec le soutien de ma famille et de mes amis, et j’ai réussi en mars à m’inscrire sur le fichier électoral », confie Yolande pour qui la démocratie passe aussi par la participation de tous, y compris des déplacés. Une occasion unique que Mariam, une ancienne résidente de Kumbo dans le département de Bui, ne veut pas rater. Bien qu’étant une déplacée interne, elle a pu réunir tous les documents nécessaires pour établir sa carte nationale d’identité afin de s’inscrire sur le fichier électoral. « Je pourrai participer aux prochaines élections », se réjouit Mariam.


A Douala, plusieurs déplacés internes sont dans l’impasse en cette période électorale. Surtout ceux qui ont perdu leurs documents d’état civil pendant leur fuite et qui souhaitaient s’inscrire sur le fichier électoral. « Je ne disposais pas encore d’une carte nationale d’identité. Après avoir assisté à une réunion de sensibilisation sur l’inscription sur la liste électorale, j’ai décidé d’entamer les démarches nécessaires pour obtenir ma carte. J’ai bénéficié de l’aide d’un animateur communautaire engagé dans la sensibilisation à l’inscription électorale. C’est ainsi que j’ai pu m’inscrire », témoigne Ahmadou Ousmanou, âgé de 24 ans, une victime des inondations dans le département du Mayo-Tsanaga, région de l’Extrême-Nord.

A en croire Martin Moukan, sociologue, l’inscription sur les listes électorales n’est pas qu’un acte administratif, elle constitue un symbole fort de reconnaissance de la citoyenneté. Selon ce sociologue, le principe de territorialité qui impose que les personnes doivent pouvoir obtenir leurs documents d’état civil sans avoir à retourner dans leur localité d’origine est souvent impossible pour les déplacés. Il souligne à cet effet, la nécessité d’adopter des mesures législatives adaptées. « Il faut une procédure spéciale, simplifiée et gratuite pour régulariser la situation des déplacés internes », a recommandé Martin Moukan.


Selon Me Paul Pierre Epang, avocat spécialisé en droit civil, « conformément à l’article 23.1 de l’Ordonnance n°81-002 du 29 juin 1981, les personnes déplacées qui ont perdu leurs papiers doivent saisir le juge de leur localité de naissance pour obtenir de nouveaux documents d’état civil. » Toutefois, il souligne que dans le contexte actuel de conflit et d’insécurité, il est souvent impossible pour ces personnes de retourner dans leur région d’origine afin de régulariser leur situation.

Selon les statistiques de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) publié en mars 2024, le Cameroun comptait 1 millions 76 milles personnes déplacées internes.

Réuni en sa session ordinaire à Yaoundé, le Dr Enow Abrams le président du Conseil électoral du Cameroun, a annoncé le 28 juin 2025 que, du 02 janvier au 26 juin 2025, 373 588 nouveaux citoyens ont été inscrits sur le fichier électoral qui compte désormais 8 219 210 électeurs provisoire pour l’élection du 12 octobre 2025.

Hyacinthe TEINTANGUE

Cet article a été produit dans le cadre du projet Partenariat pour l’intégrité de l’information

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