Salaires impayés : Le ras-le-bol des agents municipaux à l’Ouest

À Dschang, un mouvement de grève du personnel communal, qui revendique huit mois d’arriérés de salaire, met en lumière une crise financière plus large qui affecte plusieurs Collectivités territoriales décentralisées de cette région.

Pendant plusieurs jours, les services de la mairie de Dschang ont été paralysés. Des bureaux fermés, des guichets désertés… les agents communaux ont suspendu le travail pour protester contre le non-paiement de leurs salaires, privant ainsi les usagers des services administratifs essentiels.

Le maire de Dschang, Jacquis Kemleu Tchabgou, justifie ces arriérés par des difficultés financières enregistrées depuis le début de sa mandature. Il pointe notamment les retards dans le reversement des centimes additionnels communaux (Cac), le non-paiement des droits d’assises depuis 2021 et les effets de la loi du 23 décembre 2024 portant fiscalité locale.

Selon lui, la commune attend, entre autres, au moins 250 millions de F Cfa de Cac pour les troisième et quatrième trimestres 2025, 148 millions de F Cfa d’impôt général synthétique, près de 200 millions de F Cfa de droits d’assises et des virements du Trésor public estimés à 20 millions de F Cfa. Pour atténuer la crise, des avances de salaires couvrant trois à quatre mois ont été accordées à certains agents sous forme de crédits scolaires.

Cette situation s’inscrit dans un malaise plus large des communes camerounaises. En effet, la situation de la commune de  Dschang est loin d’être un cas isolé dans la région. À Santchou, Foumban ou encore Galim, des retards de paiement pouvant aller jusqu’à douze mois sont signalés.

Dans un communiqué publié le 19 décembre 2025, le président du Conseil national de la Décentralisation, Joseph Dion Ngute, reconnaît de graves tensions de trésorerie liées au non-reversement automatique des recettes fiscales et à une décentralisation encore inachevée. Le chef du gouvernement relève qu’en 2025, ces dysfonctionnements ont entraîné des retards de paiement des salaires, une dégradation du climat social et le blocage de nombreux projets d’investissement communal.

« Reconnu au plus haut niveau de l’État, ce malaise traduit le décalage persistant entre les ambitions de la réforme et la réalité de terrain, justifiant les mesures correctives urgentes instruites par le Premier ministre », analyse Joseph Kounga, expert en développement local. Il  relève aussi que « l’absence persistante d’une véritable fonction publique locale », laisse les agents communaux vulnérables aux aléas financiers, au détriment de la continuité du service public de proximité.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

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