Soins prénatals : A l’Ouest, les obstacles persistent dans les zones rurales.

Malgré la mise en œuvre de la Couverture santé universelle et du Chèque Santé, l’accès effectif aux soins prénatals et à l’accouchement assisté reste entravé par la distance, la pauvreté, le manque d’équipements sanitaires et l’insuffisance de spécialistes dans les zones rurales.

À Batcham, Clémence T. accompagne sa fille de 15 ans, enceinte de six mois. Une échographie prescrite dès les premiers mois de la grossesse n’a toujours pas été réalisée. Le Centre de santé intégré de Batcham Chefferie, qui les reçoit, ne dispose pas de service d’échographie. « Depuis le début de la grossesse, l’infirmier nous a demandé l’échographie. Mais ici, ce service n’existe pas et nous n’avons pas pu nous déplacer à temps vers une autre localité », confie-t-elle. Comme ce centre, plusieurs formations sanitaires rurales sont contraintes de référer leurs patientes vers des zones semi-urbaines, avec des coûts et des distances souvent dissuasives.

Pourtant, le district de santé de Batcham fait partie des bénéficiaires de la Couverture santé universelle. Celle-ci offre aux femmes enceintes, après enrôlement conditionné par le paiement du Chèque santé de 6 000 F Cfa, un paquet de soins comprenant les consultations prénatales, les examens de suivi, l’accouchement assisté par un personnel qualifié – y compris la césarienne si nécessaire – ainsi qu’un suivi postnatal jusqu’à 42 jours après la naissance.

Sur le terrain, les obstacles persistent. « Les femmes font face à de longues distances, des coûts élevés et un manque criard d’infrastructures fonctionnelles », explique Solange Kengne, agent de santé communautaire. « L’insuffisance de personnel qualifié et d’équipements limite la prise en charge prénatale, tandis que l’état des routes complique l’accès aux centres de santé », ajoute-t-elle, soulignant que la pauvreté des ménages et le paiement direct de certains soins freinent encore la fréquentation des consultations prénatales.

Conséquence : des accouchements à domicile persistent. « En milieu rural enclavé, la distance aux structures sanitaires pousse encore certaines femmes à accoucher à la maison, d’où la nécessité d’une forte mobilisation communautaire », insiste Madeleine Kenlifack, infirmière. Une situation préoccupante, alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande au minimum huit consultations prénatales au cours de la grossesse.

Selon l’Institut national de la statistique, en 2024, l’accès aux soins maternels en zone rurale s’est certes amélioré grâce aux initiatives de santé communautaire, mais demeure marqué par de fortes disparités, avec une fécondité plus précoce et une couverture sanitaire inférieure à celle observée en milieu urbain.

À travers le Chèque Santé, l’État entend inverser une tendance où plus de 50 % des femmes accouchent encore à domicile, en supprimant les barrières financières et en renforçant les capacités des structures rurales, souligne le Dr Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

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