Surpopulation scolaire : Quand les normes du Minesec se heurtent aux limites de l’État
La visite de la ministre des Enseignements secondaires dans le Mfoundi met en lumière un écart structurel entre les standards éducatifs fixés par l’État camerounais et sa capacité réelle à les appliquer.
Dans le cadre de la visite d’effectivité de la rentrée du deuxième trimestre de l’année scolaire 2025-2026, la ministre des Enseignements secondaires (Minesec), Nalova Lyonga, s’est rendue le 7 janvier 2026, dans plusieurs établissements du département du Mfoundi.
De cette tournée, il s’est dégagé un problème de surpopulation massive des établissements secondaires publics. Des chiffres relevés sur le terrain font état de 5 000 à 7 000 élèves par établissement, alors que les standards officiels plafonnent à 3 000 élèves, avec des salles de classe accueillant parfois plus de 120 élèves, loin du seuil réglementaire de 50 élèves par classe.
« Face à de telles dérives, la Minesec a fermement instruit la déléguée régionale des Enseignements secondaires pour le Centre , Mireille Marie Laure Owona, non seulement de remédier à cette situation qui n’honore pas notre système éducatif, mais encore et surtout de veiller au respect de ses instructions sur le terrain », soutient le chargé de la Communication spéciale de la Minesec, Henri Bomba.
Ces écarts posent moins la question du non-respect des instructions que celle de la capacité réelle de l’État à appliquer les normes qu’il édicte. « Les standards fixés par le Minesec sont clairs et pédagogiquement justifiés. Mais les données de terrain montrent des dépassements allant jusqu’à +130 % des effectifs autorisés dans certains établissements du Mfoundi. Cette situation n’est ni marginale ni exceptionnelle : elle reflète un déséquilibre durable entre croissance des effectifs scolaires et capacité d’accueil du système éducatif », analyse le spécialiste des politiques éducatives, Jean-Claude Ndzié.
Selon ce spécialiste, la ville de Yaoundé à elle seule concentre une part croissante de la population scolaire secondaire, sous l’effet combiné de l’urbanisation rapide, de l’exode rural et de la concentration des établissements publics de référence. « Or, la carte scolaire évolue beaucoup plus lentement que la démographie. Le système éducatif continue de fonctionner avec des infrastructures conçues pour une population scolaire bien inférieure à celle d’aujourd’hui », tranche -t’il.
A en croire l’enseignante et la syndicaliste Alice Anaba, « fixer des standards sans construction d’établissements ni recrutement massif d’enseignants transforme la norme en simple affichage ». Les chefs d’établissement, relève cette enseignante, pris entre pression sociale et absence d’alternatives, absorbent les effectifs excédentaires, avec pour conséquences la réduction du suivi pédagogique, la surcharge des enseignants et la hausse des difficultés disciplinaires. « À plus de 100 élèves par classe, l’enseignant ne transmet plus, il gère », résume Basile Tchinda, inspecteur pédagogique à la retraite. Selon lui, tant que la planification scolaire ne sera pas fondée sur des données démographiques solides et des investissements conséquents, les standards resteront des objectifs affichés, rarement atteints.
Mélanie Ambombo







