Trafic du bois : plus de 370 millions FCFA perdus sur le fleuve Sangha en 15 mois
Selon un rapport de la délégation départementale du ministère des Forêts et de la Faune de la Boumba-et-Ngoko, cette somme correspond à la valeur de 26 943 pièces d’ayous coupées illégalement dans des Unités forestières d’aménagement (UFA) et saisies sous forme de radeaux en partance pour le Congo-Brazzaville.
Le trafic transfrontalier de bois prend de l’ampleur dans la Boumba-et-Ngoko, dans la région de l’Est. Présenté le 22 septembre 2026 à Bertoua par Halla Alhadji, délégué départemental du ministère des Forêts et de la Faune, le rapport d’activités de lutte contre la criminalité environnementale, couvrant la période de juin 2025 à septembre 2026, fait état de 36 missions menées dans le département.
Parmi celles-ci, 26 étaient consacrées à la lutte anti-braconnage, cinq au trafic de bois et cinq à l’orpaillage illégal dans les aires de conservation. Ces opérations ont abouti à la transmission de 42 procès-verbaux à la justice, dont 25 pour des faits de braconnage, 15 pour trafic transfrontalier de bois et deux pour orpaillage illégal en UFA et dans les zones protégées. Le fait marquant reste la saisie de 26 943 pièces d’ayous, une essence très prisée sur le marché international. Les bois, regroupés en radeaux flottants sur la Sangha en direction du Congo-Brazzaville, représentaient un volume total de 919,235 m³. Leur saisie et leur destruction ont occasionné une perte estimée à 370 747 614 FCFA pour l’État camerounais, selon le rapport.
Une filière qui prive l’État de recettes
Au-delà de cette saisie, les autorités estiment que le phénomène entraîne chaque année un manque à gagner beaucoup plus important. Le rapport indique que, « dans le département de la Boumba-et-Ngoko, le trafic transfrontalier de bois entre le Cameroun et le Congo fait perdre à l’État plus d’un milliard de nos francs chaque année ».Une estimation que vient compléter une étude du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED). Selon cette étude, 60 % de l’exploitation illégale observée se déroule dans les Unités forestières d’aménagement (UFA), contre 40 % dans les jachères et les plantations. Le manque à gagner pour l’État camerounais est ainsi estimé à plus de 1,5 milliard de FCFA par an.
Les radeaux d’ayous qui descendent la Sangha échappent notamment au paiement des taxes liées à l’exploitation légale du bois. Cette activité prive également les collectivités territoriales de la Boumba-et-Ngoko de recettes susceptibles de contribuer au financement du développement local.
Un trafic organisé sur l’axe Est-Congo
Pour les experts, cette activité repose sur une filière transfrontalière déjà structurée entre plusieurs localités camerounaises, notamment Yokadouma, Moloundou et Libongo, et Ouesso, au Congo-Brazzaville. Plusieurs facteurs favoriseraient son développement. JP Nametta, ingénieur des eaux et forêts, cite notamment « une porosité de nos frontières et l’instabilité », rappelant que le Cameroun partage plus de 520 km de frontière avec le Congo et 822 km avec la République centrafricaine. Il évoque également « des filières fortement établies dans l’informel et gangrenées par la corruption, l’impunité et les trafics d’influence ». À cela s’ajoutent, selon lui, « la pauvreté et le manque d’alternatives contraignant les populations à une situation de survie ».
L’expert pointe aussi l’insuffisance des infrastructures et l’accès limité aux services de base, qui rendent les populations plus vulnérables, ainsi que le développement d’une « parafiscalité » qui entretient l’illégalité des filières et favorise l’évasion des recettes fiscales. À ces facteurs s’ajoutent, selon JP Nametta, la demande internationale, la rentabilité élevée des opérations illégales, l’organisation des différents acteurs autour d’intérêts économiques, l’insuffisance de la collaboration entre les institutions et l’inadéquation entre les moyens des équipes de contrôle et les méthodes utilisées par les trafiquants.
Sébastian Chi Elvido à l’Est







