Yaoundé : après la pénurie et l’inflation post-électorales, les marchés reprennent vie

Pendant plusieurs semaines, les Camerounais ont vécu au rythme des pénuries et des hausses spectaculaires de prix imposées par les tensions post-électorales. Aujourd’hui, un frémissement d’abondance réapparaît sur les étals.

À la boucherie, aux marchés Mvog-Mbi et Nsam où les tables étaient presque nues il y a encore quelques jours, la viande de bœuf est de retour. Et surtout, à un prix supportable : 2500 F Cfa le kilo, loin des 5000 F Cfa atteints pendant la période de blocage. « Nous pouvons enfin manger la viande sans calculer chaque morceau », souffle Fabienne, mère de famille, en serrant un sachet encore tiède. « J’avais arrêté d’en acheter. C’était impossible », poursuit-elle.

Du côté des céréales, la scène est presque émouvante. Les bassines d’arachides, longtemps introuvables ou hors de prix, s’alignent désormais par dizaines. Le seau se négocie entre 2700 et 2800 F Cfa, alors qu’il grimpait à 4000, parfois 5000 F Cfa au plus fort des tensions. « Les camions étaient bloqués sur la route. Maintenant qu’ils circulent à nouveau, tout le monde respire. Sauf que nous restons prudents, le marché camerounais est fragile, un rien peut tout faire remonter », confie Marthe, vendeuse depuis 18 ans, qui observe ses clients revenir un à un.

Plus loin, aux marchés du « Mfoundi » et « Ancien sixième » l’allée réservée à la vente des épices retrouve ses couleurs mordorées. Les oignons, denrée emblématique de la pénurie, sont bien présents, même si le prix reste élevé. Les sacs s’empilent, l’odeur piquante flotte dans l’air. « Il était devenu difficile pour moi de cuisiner correctement », raconte maman Solange, en remplissant son filet. « Aujourd’hui au moins, on en voit, même si le prix reste élevé »,dit-elle.

 Selon le macroéconomiste Thierry Nkoa, ce retour progressif de l’offre résulte de la reprise du transport interrégional : « Lorsque les routes sont réouvertes et que la sécurité s’améliore, les flux agricoles repartent. Mais il faudra plusieurs semaines pour que les prix se stabilisent réellement. » Même constat du côté des spécialistes de consommation. La sociologue Émilienne Mvondo rappelle que les tensions ont eu un effet psychologique durable : « Les ménages restent prudents. Ils achètent au jour le jour, craignant une nouvelle flambée. La confiance se reconstruit plus lentement que les étals. »

La vie reprend, mais avec la délicatesse. L’abondance n’est pas totale, les prix ne sont pas encore revenus à la normale partout, mais un sentiment nouveau s’installe, celui d’une reprise possible, lente mais réelle. Et dans un pays où l’alimentation reste au cœur du pouvoir d’achat, cette respiration est déjà un immense soulagement.

Mélanie Ambombo

Cet article a été produit dans le cadre du projet Partenariat pour l’intégrité de l’information.

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