Ouest :Des ruptures de stocks, une menace pour la Couverture santé universelle
Alors que l’État affiche des avancées majeures en matière de Couverture santé universelle, la rupture récurrente des kits gratuits révèle un fossé persistant entre les engagements publics et les réalités vécues dans les hôpitaux.
Devant la pharmacie d’un hôpital public de Bafoussam, Vannelle T., une jeune mère, tient dans ses bras son enfant de moins de deux ans, testé positif au paludisme. Venue confiante après les examens de laboratoire, elle apprend que les kits gratuits prévus dans le cadre de la Couverture santé universelle (Csu) sont épuisés. « On m’a demandé de payer le traitement alors que mon enfant est éligible à la gratuité après son enrôlement à la naissance », murmure-t-elle, désemparée.
Sous anonymat, la pharmacienne de ce centre de santé d’arrondissement explique que l’établissement reçoit chaque mois un quota précis de kits antipaludiques gratuits. « Lorsque le stock est épuisé avant le renouvellement, les patients concernés, notamment les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, sont contraints de payer les traitements en attendant le réapprovisionnement », précise-t-elle.
Interpellé, le responsable dudit centre reconnaît les difficultés rencontrées sur le terrain, tout en réaffirmant la pertinence du dispositif. « La Csu est une réalité au Cameroun. Ses effets sont visibles, mais il est urgent de garantir une disponibilité effective et continue des kits dans les formations sanitaires », indique-t-il, évoquant des contraintes logistiques et une demande souvent supérieure aux stocks disponibles dans toute la région.
Il précise qu’à l’Ouest, le paludisme demeure l’une des principales causes de consultation pédiatrique. Pour Henriette Fonkou, agente de santé communautaire, « ces ruptures de stocks fragilisent les familles vulnérables et rappellent que la réussite de la Csu dépend autant de sa mise en œuvre opérationnelle que des annonces officielles ».
Selon l’Organisation mondiale de la santé, les inégalités d’accès aux soins continuent de toucher prioritairement les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, tandis que les coûts de santé plongent encore de nombreux ménages africains dans la pauvreté.
Au Cameroun, la Csu lancée en avril 2023 revendique plus de 3,9 millions de personnes enrôlées à la date du 02 mai 2025, selon les chiffres du ministère de la Santé publique. Le panier de soins de la Csu couvre plusieurs services essentiels, notamment la vaccination, la nutrition, les consultations gratuites des enfants de moins de cinq ans, ainsi que la prise en charge des femmes enceintes, du Vih, de la tuberculose et de l’insuffisance rénale chronique.
Aurélien Kanouo Kouénéyé







