REHABILITES PAR LA LOI, SALIS PAR LE VACARME :  QUAND LE BUZZ DÉFIE LA RÉPUBLIQUE.

La loi n°91/022 du 16 décembre 1991 n’est pas un geste symbolique à géométrie variable. Elle est un acte souverain par lequel la République a réhabilité des figures nationalistes longtemps frappées d’opprobre. Pourtant, trois décennies plus tard, des voix bruyantes les renvoient au registre infamant de « bandits » ou de « rebelles criminels ». Ce dérapage n’est pas anodin : il interroge la sincérité des institutions et la solidité de notre État de droit.

 *La République a parlé, noir sur blanc*

 En adoptant la loi n°91/022 du 16 décembre 1991, le législateur a posé un acte clair : réhabiliter des figures historiques nationalistes disparues ayant œuvré pour l’indépendance et la construction nationale. Le texte vise explicitement à effacer les préjugés négatifs qui leur étaient attachés et autorise l’usage de leurs noms et effigies sur les édifices publics.

Juridiquement, il ne s’agit ni d’une tolérance ni d’une opinion. C’est une norme. En vertu de la Constitution, la loi votée par l’Assemblée nationale et promulguée par le président de la République s’impose à tous : citoyens, médias, intellectuels, influenceurs compris.

« La République ne suggère pas sa mémoire, elle la consacre par la loi. »

*Le retour des catégories coloniales*

Qualifier ces figures de « bandits » ou de « rebelles criminels » relève moins de l’analyse historique que de la paresse idéologique. Ce vocabulaire est celui de l’administration coloniale et des appareils répressifs d’exception. Le recycler aujourd’hui, c’est refuser l’évolution du regard national consacrée par le droit.

On reconnaît ici plusieurs profils familiers :

– le polémiste de plateau, prompt à choquer pour exister ;

– l’“expert” autoproclamé, ignorant délibérément le droit positif ;

– l’influenceur politique pour qui l’algorithme tient lieu de conscience historique.

Tous ont en commun une chose : ils parlent plus fort que les archives et plus vite que la loi.

*Une offense directe aux institutions*

Il faut le dire sans détour : traiter de criminels ceux que la loi a réhabilités constitue une offense à l’Assemblée nationale qui a voté ce texte. C’est aussi une injure institutionnelle au président de la République qui l’a promulgué.

Car une loi n’est pas un alibi circonstanciel. Elle engage la parole de l’État. La contredire publiquement, sans réaction officielle, revient à délégitimer l’autorité normative des institutions républicaines.

« Insulter une loi, c’est insulter ceux qui l’ont faite au nom du peuple. »

*Le silence, cette lâcheté institutionnelle*

Le plus inquiétant n’est pas le bruit des sophistes, mais le silence des institutions. Ni rappel à l’ordre, ni mise au point, ni pédagogie publique. Ce mutisme alimente une question dérangeante : les institutions ont-elles été honnêtes en 1991 ? Ou ont-elles cédé à la pression populaire, pour aujourd’hui se réjouir discrètement qu’un provocateur fasse le travail de sape ?

En République, le silence face à la violation symbolique de la loi devient un message. Et ce message est dangereux : il enseigne que la loi peut être bafouée sans conséquence, pour peu que cela fasse de l’audience.

  *La loi ou la jungle*

On peut interroger l’Histoire, la discuter, la nuancer. Mais on ne piétine pas une loi en vigueur sans piétiner l’État lui-même. Si la République estime s’être trompée en 1991, qu’elle ait le courage politique de revoir le texte. À défaut, qu’elle le défende.

Entre la loi et la rumeur, un État sérieux choisit la loi. Le reste n’est que vacarme, opportunisme et renoncement à l’idée même de République.

*Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE*

Les propos sont de l’ auteur

Le lien hypertexte est de la rédaction

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