Média: « la presse économique en Afrique de l’Ouest est en pleine évolution »
3ème lauréate du 3ème Prix d’Excellence du Journalisme de l’UEMOA, Nadège Koffi Directrice de publication d’Afrique Économie, media en ligne ivoirien et communicatrice stratégique, revient sur la portée de cette distinction.
Vous avez récemment réçu un prix qui récompense vos efforts en tant que journaliste. De quoi s’agit-il ?
Le jeudi 25 juin 2026, j’ai eu l’honneur de recevoir le 3ème Prix d’Excellence du Journalisme de l’UEMOA, lors de la cérémonie officielle de distinction organisée à Dakar, au Sénégal, dans le cadre du Forum International de la Presse Économique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE-UEMOA / West Africa Eco Forum). Cette distinction m’a été décernée pour mon article « BRVM et inclusion financière dans l’UEMOA : Entre ambition régionale et adoption limitée », publié sur mon média www.afriqueeconomie.net . À travers cette enquête, j’ai analysé le rôle de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) dans la promotion de l’inclusion financière au sein de l’espace UEMOA, tout en mettant en évidence le décalage qui subsiste entre les ambitions de cette institution régionale et le niveau encore limité d’appropriation du marché financier par les populations.
Ce prix, institué par la Plateforme des Médias de l’UEMOA en collaboration avec la Commission de l’UEMOA, récompense les meilleures productions journalistiques consacrées aux enjeux économiques et financiers dans les huit États membres de l’Union. Les candidatures ont été évaluées par un jury composé de sept experts issus de différents pays de l’espace communautaire.
Recevoir cette distinction est une immense fierté. Au-delà de la reconnaissance de mon travail, j’y vois une consécration pour le journalisme économique, qui joue un rôle essentiel dans la compréhension des politiques publiques, des marchés financiers et des enjeux de développement. C’est également une reconnaissance du travail accompli par Afrique Économie et un honneur de représenter la Côte d’Ivoire parmi les trois lauréats de cette édition 2026.
C’est ainsi un média économique, à travers vous, qui en sort vainqueur. Comment va la presse économique en Afrique de l’Ouest ?
Je pense que la presse économique en Afrique de l’Ouest est en pleine évolution. Les transformations que connaissent nos économies, qu’il s’agisse de l’intégration régionale, de la finance, de l’industrialisation, de l’entrepreneuriat ou de la transition numérique, rendent l’information économique de plus en plus indispensable. Cependant, cette spécialité reste exigeante. Elle demande de solides compétences en analyse, en investigation et en vulgarisation. Les journalistes économiques doivent être capables d’expliquer des mécanismes parfois complexes sans en dénaturer le contenu.
Je constate heureusement un intérêt croissant des médias pour ces sujets. Des initiatives comme le Prix d’Excellence du Journalisme de l’UEMOA contribuent à encourager les journalistes à produire des contenus de qualité et à renforcer la place du journalisme économique dans le paysage médiatique ouest-africain. C’est une évolution positive pour nos médias, mais aussi pour les citoyens, qui ont besoin d’une information fiable pour comprendre les choix économiques qui influencent leur quotidien.
Qu’est-ce qui fait la particularité de votre média ?
Afrique Économie est un média spécialisé lancé depuis 2017 à Abidjan (Côte d’Ivoire), qui a choisi de faire de l’économie un sujet accessible à tous. Notre ambition est d’informer, mais aussi d’expliquer. Nous ne nous contentons pas de relayer l’actualité : nous analysons les politiques publiques, les investissements, les marchés financiers, les initiatives entrepreneuriales et les grandes mutations économiques qui façonnent l’Afrique. Notre ligne éditoriale repose sur trois piliers : la rigueur, la pédagogie et la proximité avec les réalités du terrain. Nous accordons une attention particulière aux initiatives qui créent de la valeur, favorisent l’emploi, stimulent l’innovation et contribuent au développement du continent. Nous voulons également donner la parole aux institutions, aux entreprises, aux entrepreneurs et aux experts, tout en gardant comme priorité l’intérêt du citoyen. Notre objectif est de contribuer à une meilleure culture économique en Afrique et de rapprocher les décideurs des populations grâce à une information crédible et accessible.
Il se dit que les sujets liés à l’économie sont élitistes. Comment faites-vous pour que le citoyen lambda puisse se retrouver dans ce que vous proposez au quotidien ?
Je pense que l’économie devient élitiste lorsqu’on la présente avec un langage inaccessible. Pourtant, elle est présente dans la vie quotidienne de chacun. Le coût de la vie, le pouvoir d’achat, l’emploi, les investissements publics, les crédits bancaires ou encore les décisions des banques centrales ont des répercussions directes sur les populations. Notre responsabilité est donc de rendre ces sujets compréhensibles. Chez Afrique Économie, nous privilégions un langage simple, des exemples concrets, des analyses contextualisées et des formats adaptés aux différents publics. Nous cherchons toujours à répondre à une question essentielle : en quoi cette information change-t-elle la vie du citoyen ?
Je suis convaincue qu’un journalisme économique de qualité ne consiste pas seulement à informer les décideurs, mais aussi à donner aux citoyens les clés de compréhension des enjeux économiques afin qu’ils puissent participer pleinement au débat public et prendre des décisions éclairées. Une population bien informée est une population plus autonome, plus engagée et mieux préparée à accompagner le développement de son pays.
Propos recueillis par Paul-Joël Kamtchang







