Oignon à Garoua :  abondance de production, mais flambée des prix

Sur les marchés de cette capitale régionale du Nord, la hausse des prix contraste avec l’abondance des récoltes observée ces dernières années. Le sac vendu autrefois à 25 000 FCFA atteint désormais près de 40 000 FCFA, d’après les données de la Délégation régionale de l’Agriculture.

Ambiance animée ce matin du 23 juin 2026 au marché Loumo Doole, dans l’arrondissement de Garoua II, régionn du Nord. Sous une chaleur déjà écrasante, commerçants et clients se croisent autour des tas d’oignons. Mais un sujet revient dans presque toutes les conversations, la flambée des prix. Les vendeurs refont leurs calculs, les clients marchandent davantage et chacun cherche à limiter les pertes. Younoussa, jeune détaillant, trie ses bulbes sous un soleil ardent. Pour lui, chaque approvisionnement est devenu un pari.  « J’achète ma marchandise au marché périodique de Pitoa, à une quinzaine de kilomètres d’ici. Aujourd’hui, j’ai payé le sac de 120 kg à 37 000 FCFA. Il y a  trois mois, je l’achetais encore à 25 000 FCFA. »

Quelques mètres plus loin, Hourey fait le même constat. Face à l’envolée des prix, elle ne peut plus se permettre d’acheter des sacs entiers. Avec le retour des pluies, le risque de pourrissement rend ce pari encore plus risqué. « Je préfère acheter de petites quantités et les écouler rapidement. Aujourd’hui, je vends trois petits oignons ou deux moyens à 100 FCFA. C’est à prendre ou à laisser », explique-t-elle. Même constat chez Mal Moussa, autre détaillant. « Avant, pour 500 FCFA, le client repartait avec un bon tas. Aujourd’hui, il n’y a plus que huit oignons de taille moyenne. Pour couvrir mes charges, je suis parfois obligé de vendre certains oignons à 100 FCFA l’unité. »

Pourtant, rien n’indique une pénurie de production. Bien au contraire. Les données de la Délégation régionale de l’Agriculture montrent une progression continue des récoltes depuis 2021. En quatre ans, la production est passée de 156 812 à 227 021 tonnes, soit 70 209 tonnes supplémentaires (+44,8 %). L’année 2025 marque même une rupture : avec 227 021 tonnes récoltées, la région enregistre sa meilleure production des cinq dernières années. À elle seule, cette campagne représente une hausse de 44 297 tonnes par rapport à 2024 (+24,2 %), soit près des deux tiers de toute la croissance observée depuis 2021. Ces chiffres mettent en évidence un paradoxe, la production d’oignons augmente dans le Nord, mais à Garoua, les consommateurs font face à des prix élevés et à une disponibilité réduite. Dans le même temps, la région concentre une part dominante de la production nationale d’oignons au Cameroun, estimée entre 45 % et 70 % selon les campagnes agricoles, la production nationale variant elle-même entre 250 000 et 350 000 tonnes par an, selon les données du MINADER et des projets PADFA.


Au Grand Marché de Garoua, le grossiste Ahmadou Souleymane vend désormais le sac autour de 42 000 FCFA. « Si je baisse les prix, je travaille à perte. Mais si les sacs restent trop longtemps au magasin, la chaleur accélère leur détérioration. Chaque vente est un risque. » Au bout de la chaîne, ce sont les consommateurs qui supportent les conséquences de cette course à la rentabilité.« Nous produisons  l’oignon chez nous, mais on le paie presque au même prix qu’à Yaoundé ou à Libreville. Franchement, ce n’est pas normal », s’indigne Marie-Claire, ménagère rencontrée au marché. Alors que l’oignon constitue la troisième culture de rente de la région, les habitants de Garoua peinent eux-mêmes à s’en procurer à un prix abordable. Pour Ahmadou Djoubaïrou, président du GIC Risku Tignere, cette situation répond avant tout à une logique économique. « Cette année, nous avons récolté environ 150 tonnes. Près de 60 % de notre production est partie directement vers le Sud du Cameroun et le Gabon, où les prix sont beaucoup plus intéressants. Sur les quantités restantes, nous avons perdu environ 10 % à cause du pourrissement. Le reste est conservé pour être vendu plus tard, lorsque les prix augmenteront encore. Nous fonctionnons ainsi depuis trois ans. »

À la Délégation régionale du Commerce, Alexis Atenga confirme cette tendance. « Les oignons sont massivement acheminés vers le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigeria, mais aussi vers les grandes villes du sud du Cameroun, où le pouvoir d’achat est plus élevé. Certains producteurs vendent même leur récolte sur pied, avant la moisson. » L’oignon est ainsi devenu une culture de rente orientée vers les marchés les plus rémunérateurs. Une stratégie rentable pour les producteurs, mais qui réduit l’offre disponible sur les marchés de Garoua et contribue à la flambée des prix dans une région qui en est pourtant l’un des principaux bassins de production.

Fadimatou Boubakary

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