Cameroun/Secteur minier : affaire Sundance-Etat du Cameroun ; nous avons touché le fond
Les projets de fer de Mbalam (au Cameroun) et Nabeba (au Congo), tous deux appartenant à Sundance Ressources (australienne), deux décisions contradictoires pour les mêmes manquements dans les deux pays ; les Camerounais ont-ils marqué le but dans leur propre camp ?
Il était une fois un junior australien a obtenu des actifs miniers au Cameroun et Congo. Il s’agit plus précisément des gisements de fer de Mbalam au Cameroun et de Nabeba au Congo Brazzaville car les deux projets très proches l’un de l’autre se situait dans le même contexte tectonique et structurel. Ils permettaient ainsi une exploitation synchronisée tout en utilisant les mêmes infrastructures (port en eau profonde, chemin de fer, centrale électrique), pour une bonne maitrise des coûts d’investissement. Comme toute compagnie minière junior dont le but principal est davantage de faire de la spéculation sur les titres miniers que d’effectuer le travail proprement dit de recherche, d’exploration et de développement des projets, Sundance Resources a investi peu, mais a fait beaucoup de bruit à travers des communiqués sur ses projets dans le but de lever des fonds. Malheureusement, le marché du fer n’était pas, à ce moment-là, déficitaire. L’entreprise a donc eu du mal à trouver des partenaires sérieux pour l’accompagner financièrement et techniquement dans ces projets. Le temps s’est écoulé, et les permis de Sundance ont expiré au Cameroun depuis 2015. Au Congo, l’entreprise était également incapable de remplir son cahier des charges pour maintenir la validité de ses permis.
Conséquences
Les droits de la société Sundance Resources (via sa filiale Cam Iron) sur le projet de Mbalam et Nabeba sont retirés par les gouvernements du Cameroun et du Congo entre 2020 et 2021, avant d’être réattribués à de nouveaux partenaires en 2022.
Riposte de Sundance Resources
Sundance Resources, le groupe australien auquel le Cameroun et le Congo ont retiré le projet, n’accepte pas cette décision. Le junior australien a engagé une procédure d’arbitrage à la Chambre de commerce internationale (CCI) à Paris contre les deux gouvernements, ainsi que contre Aust-Sino, un partenaire chinois avec lequel elle négociait avant le transfert du projet. Sundance reproche au Cameroun et au Congo de lui avoir retiré le développement du projet alors qu’elle avait investi des décennies d’études et de démarches.
Décisions d’arbitrage (CCI)
Victoire du Congo : en janvier 2026, le tribunal arbitral a débouté Sundance qui réclamait des milliards, condamnant même la société à verser environ 5 millions d’euros de frais à Brazzaville.
Condamnation du Cameroun : en juillet 2026, un autre tribunal arbitral de la CCI a cette fois condamné le Cameroun à verser environ 616 millions de dollars de dommages-intérêts à Sundance.
Qu’est ce qui n’a pas marché au Cameroun ?
Blocage institutionnel : un désaccord de compétence a opposé le ministère de la Justice et d’autres instances gouvernementales concernant la signature des conventions pour valider le règlement des conseils de l’État.
Frais de procédure : des sources concordantes indiquent que ces frais d’assistance juridique et d’experts financiers internationaux impliqués pour la défense camerounaise ont connu d’importants retards de paiement de la part de Yaoundé.
Conflit d’intérêt : certains Camerounais proches du dossier auraient roulé pour Sundance dans l’optique de faire saigner l’État camerounais afin d’obtenir des commissions.
Lutte des clans : l’annulation du titre minier de Sundance sur le projet Mbalam en 2021 et la signature de la convention minière avec Bestway Finance avait en principe mis en confrontation deux clans issus du régime. Un clan qui avait été toujours aux côtés de Sundance Resources et l’autre clan qui avait tout fait pour retirer le permis pour en disposer et contrôler.
Et c’est le Cameroun en tant que pays qui perd
Cette affaire de Sundance va sans faut, enrichir certain Camerounais et appauvrir le Cameroun qui est déjà trop endetté mais au finish où est notre sens du patriotisme ? Le Cameroun aujourd’hui est condamné à verser 355 milliards de FCFA à Sundance Resources sur un dossier où nous étions bien partis pour gagner sur tapis vert ; car le Cameroun avait tous les motifs réunis pour clouer Sundance au pilori comme le Congo l’a si bien fait. Pourquoi ce qui marche chez les autres ne marche jamais chez nous ? Une malédiction ?
Sundance qui a dépensé moins de 100 milliards sur le projet de fer de Mbalam se retrouve aujourd’hui à obtenir 4 fois plus comme dommage et intérêts dans quoi ? Ecoutez avec cet argent le Cameroun pouvait très bien se construire deux raffineries modernes d’une capacité de 30,000 barils de pétrole par jour.
Au Gabon , non loin du Cameroun il y a une compagnie aussi australienne Fortescue qui développe le projet de fer de Belinga, ils ont dépensé en 4 ans 255 milliards de FCFA; ces milliards sont visibles : ils ont fait 22,000 mètres de sondages sur le gisement , ils ont bitumé 300km de route , ils ont construit des logements sur sites pour une capacité d’accueil de 900 chambres, ils ont soutenu en partenariat avec l’état gabonais la construction dans la ville de Makokou d’un hôtel 5 étoiles de 50 chambres , ils emplois en ce moment , en phase de développement du projet de fer de Belinga 900 gabonais .
Et chez nous ? Bestway Finance, Sinosteel, Canyon Resources, Oriole, Gstone, Jindal ont fait quoi concrètement et les Camerounais ont vu ? Notre secteur minier est gravement malade ; il lui faut une cure thérapeutique à la hauteur de la gravité de la maladie.
Une chronique du Dr Bareja Youmssi
Experts en mines et pétrole ; Enseignant-chercheur
N.B : texte de l’auteur ; liens hypertextes ajoutés par la rédaction







