Cameroun : 5 107 milliards FCFA de financements extérieurs non décaissés

Malgré d’importants engagements financiers des partenaires internationaux, des milliards de FCFA restent en attente de décaissement. Les retards dans la préparation et l’exécution des projets, les difficultés de trésorerie et les contraintes liées à l’endettement freinent la transformation de ces ressources en infrastructures.

À fin juin 2026, les soldes engagés non décaissés (SEND) du Cameroun atteignaient 5 107,4 milliards FCFA, dont 4 917,3 milliards F CFA au titre des prêts-projets extérieurs. Selon les données de la Direction générale du Trésor français, cet encours représente environ 14,5 % du produit intérieur brut (PIB), contre 15 % du PIB en 2025, selon le Fonds monétaire international (FMI), dans son rapport de mai 2026 consacré aux consultations avec le Cameroun.

Il s’agit de financements convenus avec les partenaires internationaux, mais qui n’ont pas encore été décaissés. Ces ressources concernent plusieurs secteurs, notamment la santé, les routes, l’énergie, le numérique, la mobilité urbaine, l’eau et l’assainissement. Parmi les projets cités figurent le Centre hospitalier régional de Douala, des infrastructures routières dans les régions du Nord et de l’Est, le barrage de Nachtigal et le réseau national de fibre optique. Le montant global des SEND ne signifie toutefois pas que tous ces projets sont à l’arrêt.

La persistance de ces financements non mobilisés s’explique notamment par une préparation insuffisante des projets, les lenteurs dans la passation des marchés et la mobilisation tardive des fonds de contrepartie de l’État. Le non-respect de certaines conditions préalables au décaissement ainsi que les difficultés sociales et environnementales peuvent également retarder les travaux.

Le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) a également relevé ces difficultés. À fin avril 2026, les SEND s’élevaient à 4 787,6 milliards FCFA, dont 2 637,2 milliards considérés comme non performants. À fin juin, l’encours global avait atteint 5 107,4 milliards de FCFA.

Pour Hélène Malekou, économiste, ces financements ne produisent leurs effets sur l’activité économique et les conditions de vie que lorsqu’ils sont effectivement décaissés et convertis en réalisations. Les retards peuvent, observe-t-elle, ainsi différer les bénéfices attendus des infrastructures et peser sur les finances publiques. Lorsque les décaissements extérieurs tardent, l’État peut être contraint de mobiliser davantage ses ressources internes, de reporter certaines dépenses ou de rechercher d’autres financements, accentuant les tensions de trésorerie.

La soutenabilité de la dette en question

Le Fmi met notamment en cause la lourdeur des procédures et les insuffisances dans la préparation des projets. Le Fonds souligne aussi les contraintes de liquidité qui freinent les investissements publics, dans un contexte de risque élevé de surendettement. Il recommande de privilégier les financements concessionnels, de renforcer la gestion des investissements publics et d’intégrer le règlement des arriérés dans une stratégie de financement à moyen terme.

De son côté, le MINEPAT préconise une meilleure maturation des projets, une mobilisation plus prévisible des fonds de contrepartie et une coordination accrue entre les administrations. La prise en compte suffisante de ces fonds dans le budget 2027 figure parmi les mesures envisagées.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

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