Consommation : le sucre blanc rare dans les marchés

Le gouvernement affirme disposer de 100 000 tonnes de sucre et promet une politique de « zéro importation » pour 2025-2026. Pourtant, dans les marchés de Yaoundé, le sucre blanc se fait rare et le sucre roux est introuvable.

Au marché de Mvog-Mbi, les étals offrent un spectacle paradoxal. Le sucre blanc n’est présent que chez quelques revendeurs, tandis que le roux a complètement disparu. « À la radio, ils annoncent des tonnes de sucre dans les entrepôts… mais ici, il n’y a rien », déplore Martin Kamdem, revendeur depuis dix ans. Dans le quartier voisin, à Olezoa, Jean-Pierre Nkolo, père de famille, soupire : « Nous devons acheter du sucre importé, plus cher et beaucoup plus raffiné. C’est frustrant, surtout quand on sait que le sucre local existe. »

Chaque année, le gouvernement réaffirme son objectif de supprimer les importations afin de protéger la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) et d’atteindre l’autosuffisance. Pour la campagne 2025-2026, il annonce 100 000 tonnes disponibles, dont 70 000 produites par la raffinerie de Douala et 30 000 provenant d’anciens stocks importés. Mais derrière ces chiffres se cache une autre réalité, celle de la production nationale qui couvre à peine la moitié de la demande locale, estimée à 225 000 tonnes par an

Selon l’économiste Dr Ernest Ndjomo, « une partie des stocks est en transit, une autre sous garantie financière. Le principal problème reste la distribution vers les détaillants ». Il souligne également le rôle de la spéculation, qui fait que certains acteurs retiennent volontairement le sucre dans l’attente d’une hausse des prix.

Au premier semestre 2024, indique l’INS, le Cameroun a importé 105 400 tonnes de sucre soit 31 000 tonnes de plus que l’année précédente malgré l’annonce officielle d’une absence d’importations, pour une valeur de 42,8 milliards de F Cfa. À cela s’ajoutent les conditions climatiques défavorables, la hausse du coût des intrants et des tensions internes. Les ventes aux ménages ont chuté de 25 % entre janvier et octobre 2024, entraînant un manque à gagner fiscal de 3,1 milliards de F Cfa sur dix mois.

Les assurances officielles sur la disponibilité en sucre interrogent également, à la lumière de la note de conjoncture du ministère des Finances : entre février et mars 2025, la production annuelle a reculé de 16 % en raison de la crise survenue en février. Une grève de deux semaines a paralysé les activités et 970 hectares de plantations ont été incendiés, provoquant des pertes estimées à près de 50 000 tonnes de cannes à sucre selon Jean-François Ntsama Etoundi, directeur général adjoint.

Pour le ministère du Commerce, plusieurs leviers existent pour garantir l’approvisionnement : contrôles inopinés, saisies dans les entrepôts, sanctions pour thésaurisation ou ententes illicites sur les prix, et ajustement des quotas d’importation. Mais sur le terrain, ces mesures ne suffisent pas encore à rendre le sucre réellement accessible aux consommateurs.

Mélanie Ambombo

Mots – clés :

: Consommation

Sucre

 

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